La petite histoire des mots
été

En dépit des apparences, l’été météorologique a bel et bien commencé le 1er juin et se poursuivra jusqu’au 31 août. L’été météorologique se distingue de l’été astronomique qui dépend de la position de la Terre autour du Soleil et débute au moment du solstice d’été, vers le 20 ou 21 juin. Ce découpage permet aux météorologues de comparer plus efficacement les saisons d’une année à l’autre, afin de tenir leurs statistiques.
Dans les régions tempérées, le mot « été » désigne la saison entre le printemps et l’automne caractérisée par des températures élevées, un ensoleillement maximal, des journées plus longues, ainsi que de violents orages et des vagues de chaleur. Ce terme est apparu en vieux français, aux alentours de l’an 1100, sous la forme « ested » puis « estet ». Il est issu du latin classique « aestatem » qui désigne « le temps de la chaleur ».
Le substantif « estet » figure, par exemple, dans la Chanson de Roland, ce poème épique de la fin du XIe siècle qui raconte la longue guerre de l’empereur Charlemagne contre les Sarrasins en Espagne. Il évoque, notamment, la trahison du Franc Ganelon qui entraîna la mort héroïque de Roland, le neveu du souverain carolingien tombé dans une embuscade au col de Roncevaux, dans les Pyrénées. A l’époque, le « t » final se
prononçait.
Un siècle plus tard, comme l’attestent les écrits en langue anglo-normande du chroniqueur et poète Geoffroi Gaimar, le mot s’était transformé en « esté ». Pour mémoire, l’anglo-normand était une variété de l’ancien français, introduite en Angleterre après sa conquête par le duc de Normandie Guillaume le Conquérant, en 1066. Elle comprenait l’ensemble des dialectes de la langue d’oïl (le français médiéval) introduits sur l’île par l’aristocratie normande. Le « s » de « esté » n’étant pas prononcé à l’oral, le mot prit progressivement la forme qu’on lui connait de nos jours. Au XVIe siècle, « été » avait définitivement remplacé « esté ». Il est intéressant de noter au passage que, comme le terme latin dont il est issu, « esté » était à l’origine un mot féminin. Il a progressivement pris le genre masculin, par harmonisation avec celui des trois autres saisons.
Le « s » disparu de « esté » n’est cependant par mort. Il survit de nos jours dans l’adjectif « estival » (qui se rapporte à l’été), les substantifs « estivant » (personne qui passe l’été dans un lieu de villégiature) et « estivage » (action de faire passer l’été aux animaux dans les alpages), ainsi que dans le verbe « estiver » (passer l’été quelque part).
Dialoguiste et scénariste de génie, Michel Audiard fut le maître incontesté de l’argot imagé et de la réplique cinglante. Il a marqué le cinéma français avec des satires sociales et des joutes verbales devenues cultes. A propos de l’été, il a écrit : « L’été : les vieux cons sont à Deauville, les putes à Saint-Tropez et les autres sont en voiture un peu partout ».



