La petite histoire des mots
Bière

Initialement créée en 1992 à Vevey par l’association des Buveurs d’Orge (ABO), la Fête de la bière est revenue dans la ville de la Riviera vaudoise du 13 au 16 mai derniers, après avoir déménagé à Lausanne, puis Martigny. Certains y verront peut-être une petite provocation, à un jet de pierre de Lavaux, fief de notre vitiviniculture, alors que, contrairement à celui de la bière, le monde de la vigne et du vin rencontre des difficultés. Même la France n’échappe pas à cette tendance : l’année dernière, chez nos voisins, la bière a dépassé pour la première fois le vin en volume consommé de quelque 10 millions de litres.
Le terme « bière » apparaît en français au milieu du XVe siècle, issu des mots « bier » ou « beor » qui, en vieux francique, la langue des Francs, ou des autres langues germaniques occidentales, désignaient la boisson houblonnée qui avait remplacé progressivement la « cerveise », la cervoise médiévale. Appelée « cerevisia » par les Gallo-romains, la cervoise était produite à partir de céréales (orge, avoine, seigle) et était consommée quasi quotidiennement.
La plupart des étymologistes pensent que les mots germaniques « bier » et « beor » sont des dérivés du latin vulgaire du VIe siècle « biber » (boisson), dérivé de « bibere » (boire), par l’entremise de moines germaniques ayant introduit ce terme dans leur langue. Mais cette explication ne fait pas l’unanimité : d’autres linguistes associent « bière » au mot anglo-saxon « barley » qui signifie orge, ou encore au gallois « brace » qui désigne l’orge fermentée.
Le fait est que « bier », qui existe toujours en allemand, a non seulement donné les mots « beer », en anglais, « bière » en français, « birra » en italien, mais encore, par exemple, « bira » en grec et en hébreux… En revanche, les Espagnols et les Portugais désignent toujours la bière avec des termes liés à la cervoise : « cerveza » en ce qui concerne les premiers et « cerveja » pour les seconds.
De quand date l’invention de la bière ? Nul ne le sait vraiment…
Sur le site néolithique de Göbekli Tepe, situé dans le sud de l’actuelle Turquie, une équipe d’archéologues a récemment découvert d’énormes cuves de pierre datant du Xe et du IXe millénaires av. J.-C. Au fond de ces récipients, ils ont identifié des traces d’oxalate de calcium, un sous-produit du brassage des céréales. Ils en ont conclu que ce site était une sorte de temple où les hommes préhistoriques venaient honorer leurs divinités en s’enivrant de bière. Du coup, selon certains paléontologues, à l’origine, nos lointains ancêtres ne seraient pas devenus agriculteurs pour se nourrir, mais d’abord pour se gorger de bière et se saouler lors de cérémonies rituelles.
Mais, jusqu’à preuve du contraire, cela reste une simple hypothèse…



