La petite histoire des mots
Shérif

Le président américain, Donald Trump, est très régulièrement qualifié de « shérif » (sheriff en anglais), dans la presse, en raison, notamment, de ses récentes interventions militaires, et même parfois de « shérif des mers », lorsque sa marine intercepte des pétroliers de la « flotte fantôme » qui naviguent pour le compte de la Russie. Ce mot est devenu familier en français grâce aux westerns hollywoodiens, bien sûr, mais aussi, ne l’oublions pas, par la lecture et les adaptations cinématographiques de la légende de Robin des Bois qui livre un combat sans merci contre le corrompu shérif de Nottingham.
Aux Etats-Unis, un shérif est un officier de police élu, garant de l’ordre public dans son comté. Ses prérogatives incluent la gestion des prisons du territoire dont il a la charge, la sécurité des tribunaux, l’exécution des ordres judiciaires, le maintien de l’ordre, etc. Mais il existe aussi des shérifs au Canada, où leurs attributions sont un peu différentes, ainsi qu’au Royaume-Uni où ils exercent des fonctions honorifiques, sauf en Ecosse où ils disposent encore d’un pouvoir réel.
En Angleterre, la fonction de shérif, représentant de l’autorité royale dans un comté, existait déjà au Moyen-Âge. On trouve l’ancêtre du mot « shérif » dès le Xe siècle. En 992, par exemple, le roi anglais Æthelred II, dit Æthelred le Malavisé, ordonna à ses « scīrgerefa » de collecter un impôt, sur les terres soumises à leur juridiction, afin de payer un tribut aux Vikings, venus du Danemark, qui avaient envahi son territoire. Ce mot associait, en vieil anglais, le terme « scīr », qui désignait un comté, au mot « rēfa » qui voulait dire « chef ».
Après la victoire de Guillaume le Conquérant, en 1066, et la conquête normande, sous l’influence du français parlé par les nouveaux maîtres du pays, les rudes sons germaniques commencèrent à s’attendrir. La prononciation de « scīrgerefa » s’est alors simplifiée en « shir-reve » ou « shirreve » puis progressivement, en « sheriff ». Le mot et la fonction de shérif furent ensuite importés en Amérique par les colons britanniques dès le XVIIe siècle, en même temps que le système juridique anglais. Une fois devenus indépendants, les Américains les conserveront.
Le mot « shérif » fait son apparition dans la langue française dès le XVIe siècle, sous la plume de certains auteurs, pour décrire l’organisation administrative et judiciaire spécifique à l’Angleterre. Deux siècles plus tard, avec la colonisation de l’Amérique du Nord et l’indépendance des Etats-Unis, le mot commença également à désigner l’officier de police élu dans les comtés américains. C’est en 1863 que ce substantif entra dans le « Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle ». A cette époque, Larousse définit le « shérif » comme un magistrat anglais. Inutile de préciser que la popularité des westerns a, par la suite, ancré définitivement le mot dans notre langue.
Il faut noter qu’un shérif est, à priori, censé faire régner l’ordre en respectant la loi et non en l’ignorant ou en la brutalisant. Mais il est vrai aussi que, dans la production hollywoodienne, les shérifs violents et corrompus, qui trahissent leur étoile, ne manquent pas. C’est sans doute en référence à eux que, inconsciemment, ces gardiens de la loi sont désormais associés au turbulent et imprévisible locataire de la Maison Blanche.


