La petite histoire des mots

Rumeur

Georges Pop | Les rumeurs se suivent et ne se ressemblent pas ! Après celles, parfois délirantes, sur l’origine de la pandémie et les effets des vaccins, les bruits les plus divers, parfaitement invérifiables, circulent sur l’état de santé et les capacités cognitives du président russe Vladimir Poutine.

Le mot « rumeur » peut définir un bruit indistinct, d’origine quelconque, le murmure confus d’une foule ou d’un groupe, ou encore – dans le cas qui nous occupe – une nouvelle qui se répand, dont l’origine est souvent inconnue ou incertaine et la véracité douteuse. Actuellement, les rumeurs de guerre nucléaire, notamment, contribuent à un sentiment général d’insécurité, voire d’anxiété. Par extension, la rumeur désigne aussi un mouvement de suspicion publique à l’encontre, par exemple d’un gouvernement. Le conseiller fédéral Alain Berset en sait quelque chose !

Ce terme nous vient en droite ligne du latin « rumor » qui définit un bruit confus ou le murmure d’une foule. « Rumor » est apparenté à l’adjectif « raucus » qui signifie « rauque », ainsi qu’au verbe « rudo » qui veut dire « braire » ou « rugir ». Ces deux mots latins sont eux-mêmes issus sans doute du grec ancien « ôrúomai » que l’on pourrait traduire par « hululer ». En vieux français, au XIIe siècle, le mot « rimur » désignait le bruit sourd d’une armée en marche. Puis, progressivement, il a pris le sens de « nouvelle incertaine ». Le concept de rumeur a été étudié au début du XXe siècle par le psychologue allemand Louis William Stern qui lui a conféré une mécanique propre, indépendante de ceux qui la répandent. Peu après la Deuxième Guerre mondiale, les psychosociologues américains Gordon W. Allport et Leo J. Postman ont, de leur côté, défini trois processus propres à une rumeur : la « réduction » qui implique une simplification du message initial à chaque retransmission ; l’« accentuation », une étape où certains détails sont amplifiés et où d’autres informations, souvent fantaisistes, sont rajoutées pour renforcer la cohérence et l’impact du message ; et enfin l’« assimilation », une phase au cours de laquelle certains individus s’approprient cette information ou ce message, en fonction de leurs croyances, pour le propager autour d’eux.

De nos jours, par le recours aux réseaux sociaux, certaines rumeurs « font le buzz » (expression empruntée, à la fin du siècle dernier, à l’anglais « buzz » qui signifie « bourdonnement »), et alimentent les théories du complot, les légendes urbaines, les préjugés, ainsi que la propagande. Il est très difficile de lutter contre une rumeur qui se répand comme une trainée de poudre. Certains suggèrent de l’ignorer mais d’autres affirment qu’il convient de s’y opposer par des informations crédibles. Mais faire changer d’avis ceux qui s’y accrochent est souvent mission impossible car, comme l’a si bien écrit le photographe et auteur français Rémy Donnadieu : « La rumeur est un arbre bruyant que l’on écoute pousser, alors que la vérité, elle, est une forêt qui reste silencieuse ». En définitive, les rumeurs existent surtout parce que certains sont là pour les croire…