La petite histoire des mots
Héros

Georges Pop | Devenu l’incarnation de toute une nation qui résiste à l’envahissement de son pays par l’armée russe, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accédé au statut de héros aux yeux de ses compatriotes et de tous ceux qui admirent et vantent sa bravoure. L’héroïsme de cet ancien acteur, devenu chef de guerre, et de son peuple, s’oppose, dans les médias et les discours, à la lâcheté et à la perfidie du président russe qui mène son offensive sous les lambris du Kremlin, en étouffant toute contestation.
De nos jours, le mot « héros » et son équivalent féminin « héroïne » désignent un individu qui se distingue par son courage, mais aussi le personnage principal d’une œuvre littéraire ou cinématographique. Dans l’Antiquité grecque, le mot « hérôs » désignait un guerrier légendaire, comme Achille, dans l’Illiade, ou une figure intrépide, comme Ulysse, dans l’Odyssée. Il était aussi attribué aux demi-dieux, par exemple Héraclès, l’Hercule des Romains.
Le terme a été emprunté par le latin, avec la graphie « heros », toujours avec ce même sens de demi-dieu ou pour définir un homme valeureux, capable de grands exploits militaires. Dans la littérature française, « heroes » fit son apparition vers la fin du XIVe siècle, avant de se transformer en « herôs », quelques décennies plus tard, pour désigner un homme de grande valeur ou digne d’estime, ainsi que, dans sa version féminine, une femme qui s’était distinguée par une action d’éclat.
Ce n’est que vers le milieu du XVIIIe siècle que ce terme commença aussi à être attribué au personnage principal d’une œuvre littéraire. Selon Voltaire, « Un courage indompté, dans le cœur des mortels, fait ou les grands héros ou les grands criminels ». Victor Hugo, quant à lui, attribua ce mot aux gens ordinaires, en écrivant : « La vie, le malheur, l’isolement, l’abandon, la pauvreté, sont des champs de bataille qui ont leurs héros ; héros obscurs plus grands parfois que les héros illustres ».
C’est en 1898 que le chimiste allemand Heinrich Dreser, qui travaillait pour l’entreprise Bayer, baptisa, dans sa langue, « heroin » une substance chimique, issue du pavot, qu’il était parvenu à synthétiser. Il pensait l’utiliser dans le traitement de différentes affections respiratoires, dont la tuberculose, ou pour soigner les addictions à la morphine. Pourquoi ce nom inspiré des grandes épopées mythiques de l’Antiquité ? Sans doute en raison de l’exaltation que produit cette drogue qui, avant 1914, était vendue librement en pharmacie, sous forme de pilule antitussive, notamment. L’héroïne, dont l’inventeur et ses pairs avaient sous-estimé les effets réels, allait devenir l’un des fléaux du XXe siècle. Durant la guerre du Viêt Nam, jusqu’à 20 % des soldats américains devinrent héroïnomanes. Mais la plupart arrêtèrent définitivement d’en consommer après leur retour aux Etats-Unis.
Terminons par cette jolie citation de la romancière Myriam Elison : « L’adolescence commence le jour où, lorsqu’il suit un western à la télévision, un enfant préfère voir le cow-boy embrasser l’héroïne plutôt que son cheval ».


