La petite histoire des mots

Obsèques

Georges Pop | Un jour après l’hommage national rendu aux Invalides à l’inoubliable Jean-Paul Belmondo, en présence de nombreuses personnalités, les obsèques du comédien se sont déroulées, le vendredi 10 septembre dernier, à l’église Saint-Germain-des-Prés, dans le 6e arrondissement de Paris. Une cérémonie à laquelle ont assisté sa famille et ses amis. Voilà qui nous amène au mot « obsèques » qui désigne un convoi ou une cérémonie funèbre, ayant généralement un caractère de solennité, ou encore l’ensemble des rites funéraires célébrés à la suite d’un décès. Le terme nous vient en droite ligne du substantif latin « obsequiae », issu, quant à lui, d’un mélange, sans doute au Moyen-Âge, des mots « exsequiae », qui signifie « funérailles », et « obsequia », le pluriel de « obsequium » qui était assigné à une suite, à un cortège ou à un client.  En français, les mots « oseque » puis « obseque » sont avérés dès le XIIIe siècle, au singulier, aussi bien au masculin qu’au féminin. La forme au féminin pluriel n’a fini par s’imposer progressivement qu’à partir du XVIe siècle. Le mot « obsèque », au singulier, et dans les deux genres, n’a cependant pas complètement disparu, même s’il est aujourd’hui considéré comme un archaïsme. On le trouve encore dans passablement de textes littéraires ou historiques du XIXe siècle, par exemple. Notons au passage que, dès la préhistoire, nos ancêtres attachèrent une grande importance aux rites funéraires et au passage des défunts vers l’au-delà. Les plus anciennes sépultures, trouvées au Proche-Orient, sur l’actuel territoire d’Israël, datent de quelque 100’000 ans. Elles sont autant le fait de Néandertaliens que d’Hommes modernes. On sait d’ailleurs que les deux espèces, génétiquement compatibles, se sont métissées. Le mot latin « obsequium » nous a aussi donné le qualificatif « obséquieux » qui caractérise une personne qui exprime des témoignages de respect excessifs, des égards exagérés ou de la complaisance cajoleuse, par servilité ou hypocrisie. L’auteur et humoriste français Marc Escayrol estime, par exemple, que « le gratin de la société apprécie les restaurants chics et les serveurs obséquieux dont la spécialité est le gratin de courbettes ». De nos jours, à vrai dire, le qualificatif « obséquieux » est assez peu utilisé. On lui préfère des synonymes ou des expressions plus familières, voire plus vulgaires, telles que « flagorneur », « flatteur », « cire-pompe », « fayot », « lèche-bottes » et surtout… « lèche-cul » ! Mais qu’on ne s’y trompe pas : « lèche-cul » est peut-être une expression d’apparence très moderne, par sa grossièreté, mais elle est devenue courante dès le XVIIIe siècle, déjà, et se trouvait même dans certains textes d’auteur, deux siècles plus tôt. Pour conclure, disons que les obsèques, celles des célébrités, notamment, sont souvent le prétexte à un déferlement de propos obséquieux, voire hypocrites, sortis de la bouche de passablement de « faux-culs ». Tiens ! Encore une belle expression française qui ne date pas d’hier. Le faux-cul désignait à l’origine le rembourrage que les femmes portaient sous leur robe pour augmenter le volume apparent de leur postérieur. La mode ayant changé, l’expression désigne de nos jours une personne fourbe et sournoise.