La petite histoire des mots

Pompier

Georges Pop | Les violents incendies qui, cet été, ont réduit en cendres des milliers d’hectares de forêt dans de nombreux pays méditerranéens, mais aussi en Californie, ou en Sibérie, ont une fois encore mis en évidence le périlleux travail des pompiers. Le mot « pompier » découle tout naturellement de « pompe », ce dispositif permettant d’aspirer et de refouler de l’eau que, jadis, les soldats du feu devaient actionner à la force du poignet, pour faire jaillir de l’eau et tenter d’éteindre les brasiers. Pour la petite histoire, la plus ancienne pompe connue est une pompe à godets, inventée en Chine au Ier siècle après J.-C. Les pompes modernes, quant à elles, ont été développées à partir du XVIIIe siècle. Il faut noter que le mot « pompe » n’est pas un dérivé du terme latin « pompa », comme on serait tenté de le penser à priori, mais plus vraisemblablement du néerlandais médiéval « pump » qui désignait justement une pompe hydraulique primitive. Dans l’Antiquité romaine, le mot « pompa » désignait, de son côté, une procession, le plus souvent fastueuse, voire un convoi funèbre ; raison pour laquelle on parle aujourd’hui de pompes funèbres, pour désigner les entreprises qui ont pour mission d’organiser les funérailles, ou encore d’un mariage ou d’une cérémonie « en grandes pompes », autrement dit avec beaucoup de faste. Souvent associé à « pompier » le mot « sapeur », quant à lui, nous vient du latin « sappa » qui désignait une pioche ou une houe, et dont dérive le verbe « saper » qui signifie anéantir les fondations d’une construction pour la détruire. Chez les pompiers, le mot « sapeur » définit le grade de base. Il fut emprunté au génie militaire qui fut le premier à l’adopter, à partir du XVIe siècle. L’histoire de la lutte contre le feu commença déjà dans l’Antiquité, en Egypte. Mais ce sont les Romains qui créèrent les premières vraies brigades de pompiers. Les « vigiles urbanes » vivaient en caserne et disposaient de seaux, de pompes et même de catapultes pour détruire les maisons menacées par les flammes, afin d’empêcher la propagation d’un incendie. Le 19 juillet de l’an 64, ils furent cependant impuissants devant l’immense brasier qui détruisit les deux tiers de la ville. Le peuple accusa Néron, sans doute à tort, d’avoir bouté le feu à la cité. L’empereur s’en tira en incriminant les chrétiens que l’historien Tacite, contemporain du désastre, décrivit comme une secte dangereuse et illuminée. Les casernes des pompiers romains étaient appelées « Cohortium Vigilum Stationes ». Les vestiges de sept d’entre-elles sont aujourd’hui visibles dans la Ville éternelle. De nos jours, en italien, les pompiers sont appelés « vigili del fuoco » (vigiles du feu). En français, quand une personne fume cigarette sur cigarette, on dit qu’elle « fume comme un pompier ». L’expression date de la fin du XVIIIe siècle. A cette époque, les pompiers avaient l’habitude d’enduire leurs manteaux de graisse pour se protéger des flammes. Mais la chaleur faisait cuire cette graisse et produisait une grande quantité de fumée. A l’origine, cette expression n’avait donc aucun rapport avec le tabagisme, d’ailleurs peu compatible avec les contraintes physiques auxquelles les pompiers professionnels sont soumis, lors de certaines interventions.