La petite histoire des mots

Pirate

Georges Pop | La semaine dernière, l’encaveur valaisan Dominique Giroud a été condamné à six mois de prison avec sursis pour une tentative de piratage informatique aux dépens de deux journalistes. Il était jugé avec trois complices dont deux ont été condamnés à des peines plus légères. Si la notion de piratage informatique est très récente, le mot « pirate » nous vient lui de l’Antiquité gréco-romaine. Le « piratage », cette forme de banditisme pratiquée sur les mers, est aussi vieille que la navigation elle-même. Pour désigner ces brigands, les Latins utilisaient le terme « praedo maritiumus », qui signifie « écumeurs des mers ». C’est l’homme d’Etat et orateur romain Cicéron, au 1er siècle av. J.-C. qui, le premier, utilisa le mot « pirata » pour désigner ces bandits qui s’attaquaient non seulement aux navires de commerce, mais aussi aux villes portuaires. Le mot fut emprunté au grec « peiratês », assigné aux brigands des mers à la période hellénistique. Le mot est dérivé du verbe « peiráō » qui signifie « tenter sa chance » et qui a donné son nom au Pirée, le port d’Athènes. Au cours du XVIIIe siècle, le terme « pirate » fut utilisé pour désigner les flibustiers de haute-mer, souvent anglais. Le plus célèbre d’entre eux, Edward Thatch, plus connu sous le nom de Barbe Noire (Blackbeard), se distingua en attaquant des navires et des cités portuaires dans les Antilles, ainsi que sur la côte orientale des colonies britanniques en Amérique. Il convient de distinguer les pirates des corsaires. Si les seconds employaient des méthodes comparables à celles des premiers, ils étaient munis d’une Lettre de course remise par un roi ou un gouvernement, qui les autorisaient à attaquer les navires d’une nation ennemie. L’imagerie du pirate, le bandeau sur l’œil, menant des scènes d’abordage sanglantes a été construite par des écrivains comme Daniel Defoe ou Robert Louis Stevenson. En réalité, les abordages, furent toujours l’exception, les équipages attaqués, qui étaient généralement épargnés, n’offrant aucune résistance. Les pirates ne s’en prenaient le plus souvent qu’à des bateaux moins rapides et plus faibles que le leur, en arborant des pavillons censés inspirer la terreur : le noir, parfois ornés d’une tête de mort, qui voulait dire « rendez vous ! », et le rouge qui, en cas de résistance, signifiait « pas de quartier ». Avec l’avènement des transports modernes, sont apparus les « pirates de la route », appelés jadis brigands des grands chemins », à l’instar des brigands du Jorat, ainsi que les « pirates de l’air » déterminés à détourner les avions en vol, pour des mobiles le plus souvent politiques. Derniers arrivés, les « pirates informatiques » s’emparent, quant à eux, des programmes des ordinateurs, pour voler des données, rançonner leurs propriétaires ou détourner des sommes d’argent à leur profit. Selon une récente étude, la cybercriminalité coûte plus de mille milliards de dollars par an à l’économie mondiale, et ce coût augmente régulièrement. De nos jours, au figuré, le mot « pirate » désigne aussi un individu sans scrupules, qui s’enrichit aux dépens d’autrui. Quant à la piraterie en mer, elle est loin d’avoir disparu. Les pirates contemporains sévissent surtout en mer de Chine, en mer d’Aden, au large de la Somalie et dans le Golfe de Guinée. Dans ces zones maritimes, il n’est pas rare que des navires de commerce soient attaqués, voire disparaissent sans laisser de trace.