La petite histoire des mots

Prince

Georges Pop | Figure incontournable de la monarchie britannique, pendant près de 70 ans, et époux de la reine Elisabeth II d’Angleterre, le prince Philip est mort, vendredi dernier, à l’âge de 99 ans. L’annonce de son décès a soulevé une vague d’hommages dans le monde entier. Le président de la Confédération Guy Parmelin, par exemple, a fait part de sa tristesse et de celle du peuple suisse. De nos jours, le mot « prince » englobe plusieurs définitions : le fils d’un roi ; le titre nobiliaire hiérarchiquement le plus élevé dans certains systèmes, ou encore le premier d’un ordre hiérarchique. En langage ecclésiastique, les évêques et les cardinaux sont qualifiés de « princes de l’Eglise ». Le diable, quant à lui, est souvent associé à l’expression « prince des ténèbres », ce qui lui confère un rang inférieur au Seigneur et Créateur de l’univers. Le mot peut également être utilisé dans un sens figuré : l’expression « prince des poètes », est entrée dans l’usage académique pour désigner de grands poètes antiques, comme Homère ou Virgile, ou des poètes français tels que Clément Marot, le précurseur de la Pléiade, Pierre de Ronsard, qualifié aussi de « poète des princes », ou encore, plus récemment, Paul Verlaine. Dans un sens péjoratif, on lui préfère cependant le mot « roi », comme dans l’expression « roi des cons », qui est devenue assez banale. Le mot « prince » est issu du latin « princeps » qui signifie « le premier » et qui, de ce fait, désignait le chef. Le mot « princeps » est lui-même dérivé de l’adjectif « primus », qui signifie « premier », associé au verbe « capere » qui veut dire « saisir » ou « prendre ». Notons que les mots « prince » et « printemps », autrement dit « le premier temps de l’année », commencent par le même préfixe. C’est aussi le cas de « principal », un adjectif qui définit ce qui prime par rapport à ce qui est de moindre importance. En France, un « principal » désigne aussi le directeur d’un établissement scolaire. Dérivés ou associés à « prince », le mot « princesse » désigne la fille d’un roi ; le terme « principat » la dignité d’un prince ou d’une princesse, et le substantif « principauté » un Etat dont le chef est un prince. En Europe, le Liechtenstein, Monaco et Andorre sont des principautés, alors que le Luxembourg est un duché. Relevons au passage que « duc », nous vient aussi du latin : le mot « dux » désignait le chef, autant de « princeps ». Nous retiendrons ici deux expressions entrées dans le langage courant : « le fait du prince » désigne l’acte arbitraire d’une direction, d’un gouvernement ou d’un chef d’Etat autoritaire, à la manière des monarques absolus d’autrefois, alors que « être bon prince » veut dire faire preuve de générosité. Comment enfin ne pas conclure cette chronique sans évoquer « Le Petit Prince », l’œuvre poétique et philosophique la plus connue d’Antoine de Saint-Exupéry, publiée en 1943. Traduit en trois cent soixante et une langue « Le Petit Prince » est le deuxième ouvrage le plus traduit au monde, après la Bible. Le petit héros du livre incarne la spontanéité des sentiments dans un monde gouverné par la rationalité. Que celles et ceux qui ont du cœur exaucent le petit prince venu des étoiles et lui dessinent un mouton…