La petite histoire des mots

Immunité

Georges Pop | Les vaccinations se poursuivent à un rythme soutenu, dans tous les centres cantonaux habilités à le faire, afin d’assurer, si possible avant l’été, l’immunité collective de la population. En médecine, le mot « immunité » définit la disposition d’un être vivant à ne pas contracter une maladie, issue d’un agent pathogène, dont il a déjà souffert ou contre laquelle il a été vacciné. Ce sens biologique est cependant relativement récent. Il n’a été reconnu, dans notre langue, qu’au milieu du XIXe siècle, avec les progrès de la recherche médicale. Avant, « immunité » était uniquement synonyme d’exemption. Le terme nous vient d’ailleurs du latin « immunitas » qui définissait une dispense de corvée ou de service militaire, une exemption de charge, par exemple fiscale, voire une remise de peine. Au Moyen-Âge, les immunités se rapportaient à des domaines, le plus souvent ecclésiastiques, dont l’accès était interdit aux agents publics ordinaires. Seuls ceux qui étaient expressément désignés par le souverain pouvaient y pénétrer. Les abbayes, qui jouissaient de ce privilège, étaient dirigées par un « abbé immuniste ». Entre le VIIe siècle, et jusqu’à la fin du XIe, les souverains, en accordant des privilèges aux établissements ecclésiastiques, permirent aux églises d’affirmer leur sacralité. De nos jours, juridiquement, l’immunité est un avantage, ou un privilège, accordés légalement à certaines personnes pour les soustraire, dans certaines circonstances, à des charges, des poursuites ou des condamnations. C’est le cas, notamment, de l’immunité parlementaire ou encore de l’immunité diplomatique dont bénéficient les diplomates dans le pays où ils sont en fonction. Définie par la convention de Vienne de 1961, l’immunité diplomatique fixe l’exonération fiscale des diplomates qui, de plus, ne peuvent pas être poursuivis dans leurs pays hôtes, ainsi que l’inviolabilité des ambassades et du courrier diplomatique. En cas de délit grave, l’immunité d’un diplomate ne peut être levée qu’avec l’autorisation du pays dont il assure la représentation ; ce qui fait le bonheur des espions qui bénéficient de ce statut. L’immunité diplomatique est théoriquement inaliénable, même en cas de rupture des relations diplomatiques. Elle fut cependant notablement violée, du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981, lorsque cinquante-deux diplomates et civils américains furent retenus en otage dans l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran, lors de la révolution islamique iranienne. L’épisode est entrée dans l’histoire sous le nom de « crise des otages américains en Iran ». Elle a coûté sa réélection au président Jimmy Carter. Pour en revenir à la médecine, le terme « immunologie » a, quant à lui, fait son apparition, dans nos dictionnaires, au début du XXe siècle. L’immunologie définit cette partie de la biologie et de la médecine consacrée à l’étude de l’immunité chez les êtres vivants. Le mot est hybride dans la mesure où il associe le latin « immunitas » au grec « logos » qui signifie « parole » ou « discours ». Les spécialistes de cette science sont, indistinctement, des immunologues ou des immunologistes. Depuis le début de la pandémie, ils sont régulièrement sollicités par les médias. Ils partagent la vedette sur nos écrans avec les infectiologues et autres virologues, dans l’attente d’un retour à des spectacles plus divertissants ou, à défaut, sur des terrasses ensoleillées.