La petite histoire des mots

Vatican

Georges Pop | Le scandale a éclaté la semaine dernière : les services financiers du Vatican se sont laissé tenter par le diable en utilisant une somme destinée à des projets de charité pour investir dans la dette d’une société de location de voitures. Une enquête été ouverte au sein du Vatican. Voilà qui nous amène au mot « Vatican » qui désigne l’Etat de la Cité du Vatican, en latin « Status Civitatis Vaticanæ », support territorial du Saint-Siège qui rassemble le pape et la curie romaine. Il s’agit bien d’un pays, enclavé dans la ville de Rome qui, avec ses quelque 800 habitants et sa superficie de 0,439 km2, est le plus petit et le moins peuplé au monde. L’origine du terme « Vatican » fait l’objet de nombreuses hypothèses : déjà mentionné dans l’Antiquité, la colline du Vatican pourrait avoir tiré son nom d’une ville étrusque nommée « Vaticum » qui aurait antérieurement existé à cet endroit. Selon une autre théorie, le mot serait un dérivé du nom du dieu « Vaticanus », connu aussi sous le nom de « Vagitanus ». Cette divinité étrusque, dont un temple aurait été érigé sur la colline du Vatican, incarnait les prophéties et présidait aux vagissements des nouveau-nés. Autre supposition : le nom « Vatican » serait un dérivé du mot « Vates » ou « Vatis » signifiant « devin » ou « voyant », dans la mesure où de nombreux devins auraient résidé dans ce secteur. Une dernière explication voudrait que le nom « Vatican » provienne du culte de la déesse Cybèle, une divinité d’origine phrygienne, adoptée d’abord par les Grecs puis par les Romains. Elle incarnait la nature sauvage et faisait l’objet de rites liés à la fertilité, associés à son jeune amant, Attis, qui était aussi son fils. Ces rites étaient pratiqués sur la colline du Vatican et étaient appelés « ex-vaticinatione archigalli », c’est-à-dire « en accord avec les prophéties de la grande prêtresse », alias la divinité. Toutes ces hypothèses sont vraisemblables, mais aucune n’est incontestable. Seule certitude : le mot « Vatican », qui est aujourd’hui associé à l’évêque de Rome dont l’autorité est reconnue par les quelque un milliard et demi de catholiques dans le monde, n’est pas d’origine chrétienne mais bien païenne. Quant à l’adjectif « catholique », il n’est pas d’origine latine : il vient du grec « katholikos » qui veut dire « universel ». Le mot apparaît déjà au sein des premières communautés chrétiennes pour dire qu’elles sont en accord avec l’« Eglise universelle » face à l’émergence de diverses sectes se réclamant du christianisme. Notons que l’Etat du Vatican est une monarchie absolue de droit divin, mais aussi élective. Une fois élu, le souverain pontife est sensé y exercer souverainement le triple pouvoir exécutif, législatif et judiciaire. On sait fort bien, cependant, qu’il n’est pas à l’abri des incessantes intrigues de la curie. Relevons enfin que le Vatican affiche quatre langues officielles : l’italien pour l’Etat, le latin pour l’Eglise, l’allemand pour la garde suisse pontificale, créée en 1506 par la volonté du pape Jules II, mais aussi le français pour la diplomatie. Le Vatican figure ainsi sur la listes des Etats francophones auprès des Nations-Unies et de la plupart des organisation internationales. Depuis l’année dernière, des cours de français sont financés à la Secrétairerie d’Etat pour les fonctionnaires du gouvernement de l’Eglise.