La Payîsanna

Un livre de Noëmi Lerch / Traduit de l’allemand par Yann Stutzig / Editions d’En Bas

Monique Misiego  |  Quand la paysanne a voulu devenir paysanne, on lui a dit, c’est contre la loi. La paysanne ne peut être que la femme du paysan. Et une paysanne sans mari, c’était déjà bien assez compliqué. Mais elle, elle voulait être paysanne toute seule, et en tant que femme. On est allé voir sa ferme. On y a trouvé quelques chevaux et une vache illégale que la paysanne avait importée d’une île nordique. De toute façon, la vache était trop petite pour une vache, alors on a fermé les yeux. La paysanne était la première femme à fréquenter l’école d’agriculture. Elle en est sortie avec la meilleure note. Plus tard, son mari sera tout heureux de ne pas avoir à devenir paysan.

Après une séparation douloureuse, une jeune femme décide de travailler dans une ferme. Chaque soir, elle retrouve la villa en ruine de ses grands-parents. Le fantôme de sa grand-mère rôde, entre souvenir et oubli. Son amant a pris le large, mais il habite aussi ses pensées.

Alors que la grand-mère ne parvient pas à trouver le repos, Johnny Cash surgit d’une cassette pour fumer des cigarettes réconfortantes. Les animaux, les nuages galopants, les deux tasses de la cuisine, le clocher du village et même le tracteur ont une âme. Tous les éléments terrestres revêtent une signification particulière pour Noëmi Lerch, qui s’inspire du réalisme magique. Sa prose poétique empreinte de mélancolie flotte entre début et fin, entre naissance et mort, comme l’évoquent les réponses simples de la vieille payîsanna aux questionnements de la vie.

C’est cette rencontre entre ces deux femmes, de deux générations différentes qui nous est racontée dans une ambiance feutrée, dans un brouillard et un silence qui peuvent être pesants mais qui bizarrement nous apportent du calme. S’il devait y avoir des sons, on les imaginerait très faibles, on devrait tendre l’oreille pour les percevoir. Si ce livre devait devenir un film, ce serait un cinéaste nordique qui le réaliserait.
Certainement.

Ce livre est déstabilisant mais apaisant et reflète aussi les difficultés que rencontrent les femmes quand elles veulent choisir des perspectives qui ne sont à priori pas pour elles. Mais ce n’est en aucun cas un livre qui se revendique féministe, du moins je ne l’ai pas perçu comme cela.

Noëmi Lerch est née en 1987 à Baden. Elle a étudié à l’institut littéraire suisse de Bienne et à l’Université de Lausanne, puis a été journaliste. Elle vit à Aquila ( TI ), où elle travaille comme bergère et écrivaine. Depuis 2014, elle collabore avec la violoncelliste Sara Käser dans le duo Käser & Lerch. En 2016, elle a reçu le prix Terra-Nova de la Fondation Schiller pour «Die Pürin». En 2017 est paru son deuxième roman, « Grit ». Un prix suisse de littérature lui a été décerné en 2020 pour son troisième ouvrage, « Willkommen im Tal der Tränen ».

Yann Stutzig est né en 1973 dans la région parisienne. Il a étudié l’allemand, le français et l’espagnol à l’Université de Lausanne, puis a vécu à Berlin et Madrid. Il enseigne l’allemand au gymnase et se consacre parallèlement à la traduction littéraire. La Payîsanna est sa première publication. 

Monique Misiego