La commode aux tiroirs de couleurs

Olivia Ruiz – Editions JC Lattès

On connaît tous la chanteuse Olivia Ruiz. On sait moins qu’elle est auteure et compositrice de ses chansons. On sait que sa famille est espagnole. On sait moins que son nom de scène a été choisi en hommage à sa grand-mère maternelle.

Monique Misiego | On peut se douter qu’au vu de la qualité des textes qu’elle a écrits sur ses musiques, un premier roman de sa part ne peut que présager d’une écriture de qualité. C’est le cas, disons-le tout de suite. C’est une merveille à lire. Trois de ses grands-parents ont fui la guerre civile mais n’en ont jamais parlé. Ma belle-famille étant espagnole et ayant aussi vécu le franquisme, je peux vous confirmer que c’était devenu un tabou et que très peu en parlaient. Les autres préféraient oublier ces années de guerre civile. C’est avec une tendresse affichée pour sa grand-mère Rita qu’Olivia Ruiz va nous raconter son parcours. Comme beaucoup d’espagnols de cette époque, ses grands-parents ont fui le franquisme avec leur famille pour s’établir dans le sud de la France. Tout d’abord parqués dans des camps, sa famille maternelle s’est établie ensuite à Marseillette.

L’histoire

A la mort de sa grand-mère Rita, l’abuela, une jeune femme hérite d’une commode avec de nombreux tiroirs de couleur. Objet de toutes les convoitises quand ils étaient enfants, aucun d’entre eux n’a jamais pu ouvrir cette commode ni entrevoir ce qu’elle contenait. C’est avec appréhension que cette jeune femme va s’installer un soir devant ce meuble et entreprendre un voyage dans l’histoire de sa famille. Elle découvrira des secrets sur plus de quatre générations de femmes, entre l’Espagne et la France, de la dictature de Franco à nos jours. Je n’ai qu’une critique envers ce roman, j’aurais préféré comme titre « La commode de l’Abuela », parce que j’adore ce titre, et parce comme dit plus haut, ma belle-famille est espagnole et tout le long du roman, quand c’est son abuela qui parle, ma belle-mère, qui est maintenant décédée, m’a accompagnée dans ma lecture. A chaque page, je voyais son visage, j’entendais ses expressions qui sont propres à toutes les abuelas d’Espagne. C’est un joli voyage dans le temps, plein de douceur et de rondeurs mais aussi plein de moments difficiles de l’histoire que personne ne doit oublier. Petite note personnelle: à l’heure où certains ont décidé de déboulonner des statues, de changer des noms de rue, de gommer les traces de dictatures, d’effacer tout ce qui ne nous plait plus dans l’histoire parce que ça ne correspond plus à nos critères, il est important d’en garder des traces, fussent-elles mauvaises. Cela nous permet de ne pas oublier et de ne pas reproduire. Olivia Ruiz est née le 1er janvier 1980 à Carcassonne d’un père musicien de bal et d’une mère fonctionnaire. Elle a fait des études d’arts et spectacle. Elle a pris des cours de théâtre et fait partie d’un groupe de rock. Puis pris des cours de danse et chanté dans les bars. Musicalement, elle participera à une télé-réalité où elle détonnait des autres participants, mais qui va lui permettre de signer chez Universal et lui amener le succès que l’on sait. Elle va parcourir les scènes de France, présenter une comédie musicale inspirée de son histoire, jouer dans des téléfilms. C’est dire qu’elle essaye de nombreuses choses, souvent avec réussite. Espérons que le succès soit aussi au rendez-vous pour ce premier roman et qu’il ne soit pas le dernier. Ce serait dommage !