La clé des champs

24Heures – Editions Favre

Monique Misiego | On pense bien les connaître. On sait qu’ils cultivent, moissonnent, vendangent, élèvent, traient. Depuis la voiture ou le train, leurs champs géométriques et leurs pâturages font partie du paysage comme les lacs, les clochers et les montagnes. Au point qu’on les regarde sans plus trop les voir: ou qu’on les voit sans plus trop les regarder. Et pourtant. Les paysans n’ont peut-être jamais été aussi éloignés de la société. Urbanisée et connectée, celle-ci consomme en oubliant d’où elle vient. Remontons un bref instant aux contours de la Préhistoire et de l’Antiquité et souvenons-nous que c’est l’agriculture qui a fait de nous des sédentaires. Se fixer quelque part pour travailler la terre, exploiter les richesses du sol et de la nature. Longtemps archidominante dans l’organisation socio-économique de nos contrées, l’activité paysanne occupe de moins en moins de monde et cherche sa place dans un tiraillement entre la mondialisation, le consumérisme et la durabilité. Le canton de Vaud connaît tout cela. Mieux, ce coin de pays est un condensé géographique qui lui confère une diversité rare. Des bords du Léman au sommet des Diablerets, des rues de Lausanne aux alpages du Pays-d’Enhaut, en passant par les vallonnements jurassiens et les étendues du Gros-de-Vaud, une collection de paysages entretient une variété d’activités agricoles qui fait de ce territoire une sorte de condensé à taille humaine de ce que l’humanité sait faire avec la terre. Grenier de la Suisse, Vaud en est aussi l’un des principaux acteurs viticoles ; on y cultive en abondance fruits et légumes, on y pratique l’élevage en plaine comme en montagne, et l’on fourmille d’inventivité et d’audace pour s’adapter à l’époque, voire anticiper les besoins. Recueil de reportages publiés durant l’été 2019 dans le quotidien « 24Heures », cet ouvrage est le reflet de cette richesse. On découvre que se produisent ou se cultivent ici des truffes, de la mozzarella, du quinoa ou des agrumes; on croise un élevage de poules rares et un paysan luthier: on se rappelle les spécialités comme le tabac, les asperges et les oignons: on n’oublie pas l’abondante vigne tout en se promenant dans les cultures de malt et de houblon; on s’éduque aux pratiques culturales contemporaines, du robot piloté dans le champ depuis un smartphone aux approches philosophiques de la permaculture; on jongle entre variétés anciennes et herbes aromatiques: on apprend que la mauvaise herbe, ça se cultive, et comment un cheptel de plus de 200 bovins alimente en électricité 900 ménages. Ce monde est fou, ce monde fait peur parfois, mais ce monde avance grâce au genre humain. Le tableau de l’agriculture vaudoise présenté dans ce livre, rendu possible par un partenariat inédit entre presse et organisation agricole, en est une démonstration à la fois belle, stimulante et émouvante. Passionnante promenade en terres vaudoises et que ces textes et images contribuent à rapprocher grand public et familles paysannes. Vous venez de lire la préface du livre. J’ajouterai qu’en cette période particulière, on a vu nombre de citadins prendre le chemin des marchés paysans et self-services en tout genre. C’est un des bons aspects de ce confinement imposé par ce coronavirus. De telle façon que les habitués, dont je fais partie, s’en éloignaient un peu en constatant les longues files d’attente devant ces échopes. Il faudrait espérer que ceux qui ont pris l’habitude de bien manger gardent cette habitude et assurent le succès dans le temps pour ces agriculteurs qui se sont mis en quatre pour assurer la mise à disposition suffisante de leurs produits. Seul le temps pourra le démontrer ou pas. Il est clair que les paysans cités dans ce livre sont souvent des agriculteurs qui ont changé d’activité, non seulement pour se diversifier, mais aussi pour en vivre. Plusieurs ont abandonné la production de lait par exemple, on sait tous pourquoi. Ce tour du canton met en évidence 34 exploitations sur les 3500 que compte le canton de Vaud. Avec un index par producteurs, mais également un index par produits qui vous aidera à trouver l’exploitation que vous cherchez. A noter que l’Apothèque de Mézières est déjà citée dans cet ouvrage. Un livre pour rapprocher, s’il est encore nécessaire, les gens des villes et les gens des champs !