La chronique de Denis Pittet
Je suis fan des feux d’artifice

Autant le clamer d’emblée, je suis un fan absolu des feux d’artifice. Et pour couper court à la première critique qui va surgir face à cet énoncé, oui j’aime les animaux et oui je sais qu’ils n’aiment pas trop le 1er août.
Le 29 novembre prochain, nous voterons sur un texte abusif et trompeur. Abusif parce qu’il veut nous priver d’une tradition merveilleuse et trompeur parce qu’il laisse croire qu’il ne veut s’attaquer qu’aux feux qui font du bruit. La belle hypocrisie. Seuls les feux qui font du bruit seraient interdits. Vous en connaissez beaucoup, vous, de spectacles pyrotechniques qui se déroulent dans le silence ? Moi pas. Ou alors cela s’appelle un spectacle de drones, qui ne volent pas quand il y a trop de vent, qui sont fichtrement chers et qui seront accompagnés d’une musique psychédélique diffusée à plus de 10’000 watts ! Les chiens n’apprécieront pas davantage que quelques « poums » lointains.
En Suisse, on ne peut pas dire qu’on abuse des feux d’artifice. Il y a le 1er août et le 31 décembre, ça c’est certain. Ces deux dates à elles-seules regroupent 90 % des feux. Ce n’est vraiment pas abuser et c’est non seulement acceptable mais gérable par les gens qui se plaignent et ont peur de tout et de son contraire. Je n’ai par ailleurs jamais entendu dire qu’un chien soit devenu fou suite à un feu d’artifice et surtout je pense qu’un animal peut être mis à l’abri durant les 15 minutes maximum que dure le feu, sans d’ailleurs que ça pétarade en continu. J’ai aussi lu de la part des porteurs de l’initiative que des « enfants souffraient de troubles psychiques ». Si être joyeux et content est un trouble psychique, alors oui, ils ont raison…
De leur côté, les politiques de Berne ont courageusement classé le dossier verticalement, ne trouvant pas de contre-projet à opposer à l’initiative et envoyant de facto directement le texte d’origine devant le peuple. Dans le fond, cette non-prise de position est assez juste : soit on aime soit on n’aime pas les feux. Par nature, il est effectivement impossible de trouver une solution du milieu, soit un feu d’artifice muet. Ça ne joue pas.
En 1986, j’écrivais dans Le Matin : « Fusées, volez ! Vésuves, jaillissez ! Soleils, tournez ! Allumettes, bengalisez ! Aujourd’hui c’est la fête nationale ! » Gamin, le 1er août ressemblait un peu à Noël, avec ces moments et rendez-vous particuliers, cette communion, cette magie, ce rassemblement, ces odeurs et ces bruits. C’était tellement magique.
En ces temps troublés, difficiles, anxiogènes pour beaucoup, nous priver d’une superbe tradition, nous poser une interdiction de plus (j’ai l’impression qu’en Suisse on ne gouverne et pense bientôt que par interdiction), nous restreindre et priver les enfants (grands et petits) de tant d’étoiles dans les yeux n’est pas la meilleure idée qui soit.
Il faut rejeter ce texte et laisser la Suisse s’illuminer deux fois par année et accepter quelques feux d’artifice supplémentaires. Interdire ces derniers ne sera pas, encore une fois, interdire seulement ceux qui font du bruit. En cas d’acceptation du texte, tous les artificiers disparaîtront et leurs feux avec. Et cela, je ne peux ni ne veux l’envisager.


