Opinion
Le monde a changé, notre loi doit s’adapter

Philippe Lörtscher, Président des Jeunes Libéraux-Radicaux vaudois, conseiller communal, Lutry | Le 29 novembre, nous voterons sur l’assouplissement de la loi fédérale sur le matériel de guerre. Derrière un débat qui peut sembler technique se cache une question fondamentale : voulons-nous encore disposer en Suisse d’une industrie de défense capable d’équiper notre propre Armée ?
Pour comprendre l’enjeu, il faut revenir quelques années en arrière. En 2018, le Conseil fédéral envisageait d’adapter les règles d’exportation du matériel de guerre. Cette décision provoqua une forte opposition et déboucha sur le lancement de l’initiative « correctrice ». Pour éviter une réglementation encore plus rigide inscrite dans la Constitution, le Conseil fédéral présenta en 2021 un contre-projet indirect. Le Parlement l’accepta, mais supprima dans le même temps la clause dérogatoire proposée par le gouvernement. Depuis mai 2022, les critères d’exportation autrefois inscrits dans une ordonnance figurent ainsi directement dans la loi, avec des possibilités d’adaptation fortement réduites.
Or depuis le retour de la guerre de haute-intensité sur le sol européen, les conséquences de ce durcissement sont devenues évidentes. Plusieurs partenaires européens ont constaté qu’acheter suisse pouvait signifier ne plus pouvoir disposer librement du matériel acquis en cas de crise. Pour un Etat européen qui investit des milliards dans sa défense, ce risque pèse naturellement dans le choix de ses fournisseurs.
Or le marché suisse est beaucoup trop petit pour permettre à lui seul le maintien d’une industrie de défense performante. Sans débouchés internationaux et sans participation aux chaînes de production européennes et occidentales, nos entreprises perdent progressivement commandes, compétences et capacités industrielles. Et lorsqu’une entreprise disparaît ou délocalise sa production, ce savoir-faire ne se recrée pas en quelques mois lorsqu’une crise éclate.
C’est précisément là que se situe le paradoxe de la législation actuelle : à force de vouloir empêcher l’exportation de matériel militaire suisse, nous risquons d’affaiblir notre propre capacité à nous défendre.
Une armée crédible ne repose pas uniquement sur des soldats et des crédits supplémentaires. Elle dépend aussi d’entreprises capables de produire, entretenir, réparer et développer ses systèmes. En période de crise, croire que nous pourrons simplement tout acheter à l’étranger relève de l’illusion : chaque pays donne déjà naturellement la priorité à ses propres forces armées !
L’assouplissement soumis au vote ne signifie pas abandonner tout contrôle. Le droit de la neutralité, les droits humains et les obligations internationales de la Suisse continueront de s’appliquer. Il s’agit simplement de redonner une marge de manœuvre raisonnable à notre pays et de restaurer la confiance de nos partenaires.
La neutralité n’implique pas de renoncer à notre capacité de défense. Bien au contraire : un pays neutre doit être capable de se défendre lui-même. Pour cela, la Suisse a besoin d’une armée forte, mais aussi d’une industrie de défense solide. Le 29 novembre, il faut donc accepter l’assouplissement de la loi sur le matériel de guerre.


