La chronique de Denis Pittet
Voiture électrique, bôf

En septembre 2024, j’ai été pris d’une idée – pour ne pas dire possédé – qui a tourné à l’obsession : changer de voiture. Jusque là rien d’extraordinaire. Sauf que, poussé par un mystérieux élan écologique, je me suis mis à songer voiture électrique. Durant 3 mois et avec les yeux de l’amour, j’ai épluché des centaines de documents et de publicité sur ces voitures, cherchant inconsciemment à me convaincre que ce choix serait le bon.
Les yeux de l’amour vous rendent aveugle, c’est bien connu. Tout ce que je lisais me poussait vers la voiture électrique, et les quelques défauts recensés me paraissaient futiles pour ne pas dire de mauvaise foi. Le vendredi 20 décembre 2024, je prenais possession du nouveau trésor. D’une voiture noire à essence je passais à une voiture blanche 100 % électrique. Je voulais du changement. J’avais le changement.
Une année complète a passé. Est-ce qu’aujourd’hui, je referais ce choix ? Non.
Mes propos n’ont rien de scientifique. Il s’agit de ressenti et de vécu. Commençons par le positif. Une électrique, c’est génial à conduire. Le côté gadget (écrans, dialogue avec la voiture, planificateurs, etc.) a de quoi convaincre. Côté services et taxes, c’est bien mieux qu’une thermique. Côté consommation, c’est moins cher également, à la condition expresse de disposer d’une borne de recharge, sans quoi cela ne vaut même pas la peine de songer à une voiture électrique.
Alors, où le bât blesse-t-il ? C’est l’autonomie ! Qu’on ne prononce plus jamais devant moi les mots normes WLTP ! On sait que les chiffres annoncés par les constructeurs sont du flan. Mais en réalité, c’est du super-flan ! Près de 500 kilomètres qu’ils disent ? Si autoroute et hiver se joignent et qu’il faut aller en montagne (monter, donc) faire 120 kilomètres te bouffent les 250 kilomètres d’autonomie annoncée… Trop froid, trop chaud et oubliées les promesses d’évasion. Inconcevable de ne pas pouvoir faire un aller-retour de 250 kilomètres sans recharger. Et on tombe sur l’autre os : les recharges, précisément. Une voiture électrique c’est top pour faire de la ville et 100 kilomètres par jour. Tu peux aussi envisager de partir sur les autoroutes car les bornes y sont nombreuses (quand elles fonctionnent) mais à condition d’éviter les grands départs (énorme risque d’attente pour charger, c’est du vécu). Mais il est désormais acquis que jamais je ne prendrai le risque de me rendre dans des zones peu fréquentées avec une voiture électrique. C’est du suicide. Un fond de vallée valaisanne c’est déjà compliqué. Alors autant oublier le cœur des Cévennes ou les Pouilles. Je vous fais grâce de la jungle des tarifs sur les grands axes, des cartes RFID qui ne marchent pas et des bornes en panne. Encore un mot sur la dépréciation des véhicules, puisque les modèles (et les progrès, il faut le dire) se succèdent à un rythme effréné ! Une voiture électrique doit se prendre en leasing, pas en achat.
Tour cela me laisse un goût amer dans la bouche. C’est un peu comme si on avait foncé tête baissée dans un nouveau système sans, une fois de plus, s’en être donné les moyens. Les voitures électriques seront peut-être un jour efficientes, les recharges vraiment rapides, les possibilités de se ravitailler aussi nombreuses que les pompes à essence et l’autonomie une réalité et pas un mensonge organisé. Un jour peut-être.


