La « maréchaussée » Burki du château d’Oron

Episode 5

Dès 1798, la République lémanique

Propos recueillis par Gilberte Colliard | En 1798, c’est la révolution vaudoise. Le 24 janvier, le bailli est renvoyé à Berne, mais comme il est estimé dans la région, on lui rend les honneurs à son passage à Oron-la-Ville. La vie ne change guère à Oron. Les fonctionnaires de l’ancien régime restent en place. Le receveur baillival continue à tenir ses comptes comme si rien ne s’était passé. Les paysans continuent à payer les mêmes impôts qu’avant. Les dîmes, survivance des temps où le pays était catholique et que les Bernois percevaient sur le champ au moment de la récolte sont maintenant perçues par la République. Les censes (correspondant à l’impôt foncier actuel) continuent à être perçues le jour de la St-Martin. Il faut en outre lever des troupes pour la France et entretenir celles venues délivrer le pays. Des troubles éclatent de-ci, de-là qui aboutiront à la révolte des Bourla- Papeys1 (en patois brûle papiers) en 1802. François continue à occuper ses fonctions de maréchaussée et ce nom lui reste. Mais il semble que sa tâche n’est plus la même. La sûreté du pays est assurée par des gardes municipaux se relayant de jour et de nuit, placés sous les ordres d’agents nationaux. Le « maréchaussée » est maintenant au service de la République, sous les ordres directs de l’agent national d’Oron-la-Ville, placé lui-même sous les ordres du sous-préfet de district, dépendant du préfet national à Lausanne, dépendant directement du Directoire de 5 membres siégeant à Berne par l’intermédiaire du ministre de justice et police de la République helvétique dont fait partie la République lémanique2. Désormais, François porte les messages entre services administratifs, escorte les prisonniers, s’occupe des domaines nationaux (domaines bernois confisqués). Comme le district s’est agrandi du Haut Jorat, François ne suffit plus à la tâche. Il réclame et obtient la nomination d’un deuxième « maréchaussée », qui fonctionne depuis le 24 octobre 1798 et réside à Mézières. La République est pauvre, mal organisée. On ne retrouve que les plaintes de maréchaussées à la République lémanique (canton du Léman) qui se plaignent de n’être payés que très irrégulièrement et mal.

Château d’Oron

1. La révolte des Bourla-Papey est le plus important soulèvement campagnard qu’ait connu le Pays de Vaud. Les paysans du Plateau, se plaignaient de ce que les droits féodaux n’étaient supprimés que théoriquement. Les difficultés financières avaient, en effet, contraint le gouvernement à les rétablir en fait et à y ajouter des contributions nouvelles. Ainsi s’explique l’insurrection des Bourla-Papey, en pays vaudois en 1802. Irrités de tant de charges anciennes et nouvelles, les paysans s’emparèrent des archives des châteaux, brûlèrent les papiers, tous les documents seigneuriaux, et marchèrent sur Lausanne. Le préfet dut recourir aux troupes d’occupation française pour maintenir l’ordre.

Source : « Histoire générale de 1789 à nos jours » G.-A. Chevallaz

Le dernier bailli Jean-Rodolphe de Mulinen

2. République lémanique

Principalement employée dès 1790 par Frédéric-César de La Harpe, l’expression désigne le Pays de Vaud, une fois libéré de la tutelle bernoise et y compris la partie annexée par Fribourg en 1536. La Harpe rédigea à la fin de 1797, avec Vincent Perdonnet, des instructions pour l’assemblée représentative de la République lémanique. Dans son esprit, l’indépendance vaudoise était un préalable indispensable à la formation d’une République helvétique. Le terme cependant ne passa pas dans l’usage. Le 24 janvier 1798, on ne proclama pas officiellement la République lémanique, même si le nom figura un temps sur un étendard. Georges Boisot jugeait l’expression « passablement indéterminée, incohérente ». La République helvétique incorpora le Pays de Vaud sous l’appellation canton du Léman, sans qu’il ait eu le temps de devenir un Etat indépendant.

Sources imprimées :

– J.Ch. Biaudet « Georges Boisot et la Révolution vaudoise », in Doc. inédit sur la Révolution vaudoise de 1798, 1948, 41-68

– J.Ch. Biaudet, M.-C. Jequier éd., Correspondance de Frédéric-César de La Harpe sous la République helvétique, 1, 1982.
Auteur : Etienne Hofmann