Jorat-Mézières – Sous leur casque, ils font aussi la course
29 degrés à l’ombre en ce vendredi 29 mai. Les jeunes de moins 19 ans du Tour du Pays de Vaud peinent sous le soleil, mais ils ne sont pas les seuls à avoir chaud. Au bord du bitume, un motard en combinaison de cuir et gilet jaune fluo surveille son carrefour. Sa Ducati est garée sur le côté. Lui, il attend, et il transpire avant de rejoindre son prochain poste.


Il sécurise ce carrefour depuis vingt minutes pour quelques secondes de course


Pour la 56e édition du Tour du Pays de Vaud, l’Amicale des motards du TPV a mobilisé 90 bénévoles sur les 119 kilomètres de l’étape de Carrouge, tracée en boucles entre Mézières, Servion, Moudon et retour. Leur rôle, fermer les intersections avant le passage du peloton, tenir leur position, gérer les imprévus, s’il y en a, mais qui dit humain, dit imprévu, bon ou moins bon.
« Dès que la voiture rouge est passée, le carrefour doit être hermétique, plus aucun véhicule doit passer ». Le signal est clair, le protocole aussi. Avant le passage des cyclistes, le trafic routier est stoppé huit à dix minutes, parfois plus longtemps selon l’écart entre les cyclistes de tête et ceux de fin de peloton. Cela ne semble pas long. Sauf quand on est automobiliste coincé au soleil, ou promeneur venu sortir son chien sans pouvoir rejoindre son sentier. « Les promeneurs, des fois c’est les pires. Ils sont venus là, puis ils ne peuvent pas aller ailleurs. Ça les rend fous. Quinze minutes d’arrêt dans leur vie, c’est la fin du monde ». Notre homme dit ça sans animosité, presque avec tendresse. C’est qu’il a l’habitude.
Lui, il a plus de vingt ans de pratique. Le TPV, le Tour de Romandie féminin, différentes courses à travers le canton. Il ne compte plus. Son conseil à un débutant ? « Bien écouter les instructions ». Car le travail de motard d’escorte est plus dynamique qu’il n’y paraît. Avant de tenir un carrefour, il faut d’abord y arriver. Le convoi de motos avance en formation, chaque motard bloquant un point de passage à tour de rôle, dans un enchaînement fluide qui ressemble à un jeu de conquête. « On se met en mode priorité. On ne peut pas toujours se permettre d’attendre dix minutes là, dix minutes là-bas. On doit être à la prochaine mission. »
Quand les motards faisaient aussi la course
Pour certains motards, les temps ont bien changé. Notre homme nous explique qu’autrefois, moins nombreux, les motards d’escorte devaient remonter le peloton une fois que ce dernier franchi les intersections. « On sautait sur la moto, on remontait tout le monde plein gaz pour nous repositionner devant. C’était bien plus fun », avoue-t-il avec un large sourire. Aujourd’hui, les règles ont évolué. Plus question d’entrer dans la bulle de la course. Certains motards moins expérimentés, avec de grosses cylindrées, peinent d’ailleurs à manœuvrer dans les espaces serrés. L’époque du grand frisson de vitesse appartient presque au passé.
Ce qui reste, c’est la chaleur. Celle d’un soleil de mai presque caniculaire sur la combinaison de cuir obligatoire. « C’est de rester habillé au chaud pendant des heures ». Voilà ce qu’il cite comme plus grande difficulté, sans hésiter. Pas les automobilistes récalcitrants, ni les moment statiques. Une fois remonté sur la Ducati, un peu de fraîcheur revient. Mais entre deux courses, au carrefour, sans ombre, sans mouvement, le cuir devient four. Les jeunes cyclistes transpirent dans leurs maillots. Les motards transpirent dans leur armure.
La bière et l’esprit vif
L’appréhension, lui, il n’en a pas : « Il faut être attentif, regarder ce qui se passe, être prêt à tout. Et puis avoir l’esprit vif, parce qu’il faut parfois prendre des initiatives, et ne pas en prendre de mauvaises. Mais cela doit être un moment de plaisir, c’est ça le bénévolat ».
En fin de journée, quand le dernier passage est acté et que les routes rouvrent, les motards de l’AM-TPV se retrouvent. Un verre ensemble, les anecdotes du jour, les visages détendus. La bière d’après-course, confirmée avec un sourire, est la récompense non écrite d’une journée passée à sécuriser la route des futurs champions du cyclisme mondial.



