Jorat-Mézières – Bon anniversaire Mousse !

Mousse Boulanger a fêté son 94e anniversaire au début du mois de novembre.

Thomas Cramatte | Avec son parcours de vie hors norme, la comédienne, écrivaine et journaliste, installée à Mézières a traversé les époques. Ballottée entre la Deuxième Guerre mondiale et les voyages aux quatre coins du monde, son cœur n’a d’amour que pour Pierre, son mari parti trop tôt, et l’art. Les murs de son intérieur sont parsemés d’œuvres de toutes sortes. Peintures, sculptures, photographies ne sont là que des exemples des multiples formes d’art accompagnant l’ancienne comédienne. Située le long de la route du Théâtre, l’allée menant à sa demeure est bordée de fleurs et invite elle aussi à la contemplation. Un reflet de la personnalité bien trempée de son habitante. Car derrière son regard profond, se cache une femme emplie d’émotion pour le monde qui l’entoure. 

Mousse Boulanger, née Berthe Sophie Neueunschwander

Rebelle dans l’âme

Enfant, elle ne voulait pas suivre la norme en attendant bien sagement un époux pour devenir une femme au foyer exemplaire. Ce n’est pas ça Mousse Boulanger. Elle, ce qui l’attire, c’est la liberté. A sept ans, c’est d’ailleurs le premier mot qu’elle a écrit accompagnée de sa mère. Née le 3 novembre 1926 à Boncourt, dans un Jura étroitement lié à la France, la petite Berthe Sophie a vécu l’arrivée de la Deuxième Guerre mondiale. « La veille de la guerre, mes cousins qui habitaient en France avaient caché des pièces d’or dans mon vélo. Au retour, je n’avais pas compris pourquoi mon vélo était devenu si lourd » Des anecdotes comme celles-ci, Mousse Boulanger en a une collection. Quelque temps plus tard, toujours en se laissant aller au gré des vents qu’offre la vie, elle se retrouve embauchée comme journaliste. Radio Sottens, le service public de l’époque, propose à Mousse Boulanger de réaliser un premier reportage sur le foot en ville de Fribourg. C’est la journaliste et ancienne rédactrice en chef du mensuel Vivre, Marie-Claude Leburgue qui a mis le pied à l’étrier à cette future femme littéraire. Une première expérience avec le monde de l’écrit qui ne l’a plus jamais quitté. « La littérature m’a accompagnée tout au long de ma vie ». Mousse Boulanger continuera de défendre la création littéraire romande en interviewant d’innombrables écrivains à la radio jusqu’à sa retraite.

Rencontre avec l’amour

A 26 ans, elle réside sur Genève. Avec des amis, elle a monté une troupe de théâtre et se produit régulièrement sur les scènes romandes. « A la fin d’une représentation dans un collège fribourgeois, l’enseignante vient vers moi en me disant qu’elle ne comprend pas comment on fait pour capter autant l’attention des enfants, alors qu’avec elle, ils ne lèvent jamais la main ». Elle ne le sait pas encore, mais lors d’une représentation à Yverdon, Mousse Boulanger s’apprête à faire la rencontre d’une vie. Pierre Boulanger, celui qu’elle appelait encore le gaillard, était venu de Paris pour assurer la deuxième partie du spectacle. « Je m’en souviens comme hier. Il attendait un peu bêtement au bord de la route, alors j’ai su aller lui demander s’il ne voulait pas à boire ou à manger », se remémore la nonagénaire avec émotion. Les trains pour rentrer sur Genève ont contraint la troupe de Mousse Boulanger à camper sur place. « Pierre nous a aidés à trouver un endroit pour planter nos tentes. Tu parles, cela sentait très fort les égouts et un froid de canard régnait dans les environs. » Il lui prête son pull avant de s’en aller. Ce n’est que plus tard qu’elle apprendra que Pierre avait avoué à sa mère « Si un jour je me marie, je viens de trouver ma femme ». Le temps passe et elle décide de renvoyer le pull à Pierre. Les deux comédiens commencent alors à se voir avant de se fiancer en 1954. « Nous avions compris que nous étions amoureux et fait l’un pour l’autre ». L’année suivante, comme le veut la tradition, c’est l’heure du mariage. Grégoire, leur seul enfant, naîtra en 1956. 

Voyages

Les deux comédiens vont alors vivre d’incroyables années. Ils réalisent un nouveau spectacle unissant leur tempérament, qui rencontre un succès presque immédiat. Mousse et Pierre Boulanger se produisent d’abord en France, puis au Danemark, en Angleterre et même en Russie. L’ex-URSS est considérée pour l’époque de pays fermé d’esprit. Pourtant, cette représentation fait partie des meilleures pour Mousse. « Le festival de théâtre de Moscou durait toute la nuit. Avec des comédiens du monde entier, c’était un miracle. » Voilà aujourd’hui 40 ans que Mousse Boulanger est veuve. Cet authentique amour pour Pierre, elle n’a jamais voulu le substituer. Malgré un deuil toujours palpable, cette femme a gardé la force de rire, de s’amuser, de s’intéresser, de vivre. Si son optimisme naturel l’accompagne partout, c’est l’art qui l’a guidé durant toutes ces années. « Ne m’en parlez pas, je me ruine en achetant de l’art ». Alors quand, aujourd’hui, on lui demande ce qu’il faudrait faire pour favoriser la littérature chez les jeunes, elle répond simplement que cela passe par l’école. « Si des comédiens faisaient découvrir la littérature aux élèves, je suis sûre qu’ils seraient nombreux à tomber sous le charme de la poésie, comme je l’ai été »

Quelques dates

•  Naissance le 3 novembre 1926

•  1951 Embauchée à la Radio Suisse romande 

•  1952 Fonde sa troupe théâtre 

•  1954 Fiançailles avec Pierre Boulanger

•  1955 Mariage avec Pierre Boulanger

•  1956 Naissance de Grégoire