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Le zèle d’un garde-chasse face au braconnier

Il était une fois un garde-chasse qui s’était illustré par sa psychologie, ses contacts avec la population, la maîtrise de sa profession. 

Gérard Bourquenoud | Il se nommait  Robert Braillard dit Négus,  fils d’un garde-chasse, alors qu’un frère assumait aussi la même fonction. Cet amour pour la montagne et les animaux sauvages était dans le sang familial. Durant trente-trois ans, ce  Gruérien de pure souche qui connaissait la nature par cœur, en particulier la vallée de la Jogne, était un homme de confiance tant pour les autorités cantonales que communales. Le rire sonore, le verbe généreux, l’air un tantinet « bravache »,  il avait le don de juger en bien ou en mal les chasseurs et les gens qui  se passionnaient pour la chasse. Son métier était de protéger le chamois et le chevreuil en dehors de la période de tir autorisée,  c’est pourquoi il parcourait  chaque jour ou presque les sentiers forestiers. Parfois, il lui arrivait de prendre un braconnier en flagrant délit avec une bête sur les épaules. Durant la seconde guerre mondiale, époque où Robert Braillard  exerçait la profession de garde-chasse,   il n’y avait pas beaucoup de gendarmes sur les routes pour contrôler les véhicules, donc le braconnier n’avait pas de souci à ramener un chamois ou un chevreuil à son domicile pour nourrir la famille qui était parfois sur sa faim. Le gibier abattu dans la nature  était donc le bienvenu sur la table, en particulier pendant la guerre. Rares étaient les braconniers qui se faisait prendre la main dans le sac, car ils étaient rusés et connaissaient les endroits où ils pouvaient tirer sur du gibier  sans être vu et que personne ne puisse entendre le bruit du coup de feu. Ainsi ils évitaient  de payer une amende salée. Un vieux braconnier avait rappelé à ses enfants et petits-enfants cette leçon : si vous voulez devenir riches, manger du gibier… les pommes de terre, on les paie !