Hintertür

Concevoir une machine de chiffrement devrait être considéré comme un standard dans le pays de l’horlogerie où les mouvements à complication sont une vraie passion. Ce qui est plus exceptionnel est de maintenir la complication compliquée à fabriquer lorsque la concurrence finit par la comprendre et la maîtriser… Il faut donc lever le chapeau devant la durée de vie exceptionnelle de la machine de chiffrement développée par Crypto AG et féliciter les équipes qui, depuis les années septante, ont réussi à faire perdurer un produit sans égal jusque dans le 21e siècle avec son look des années cinquante. Il faut aussi saluer le savoir-faire suisse qui a su garder ses parts de marché et continuer à développer ce produit aussi longtemps. Certes, ils ont été un petit peu aidés par quelques pays étrangers, mais ces derniers ont eu l’élégance de laisser la paternité au SwissMade sans en prendre ombrage, quelle classe! Il faut aussi relever qu’à l’heure de l’obsolescence programmée où une machine quelle qu’elle soit devient culte, et même vintage, après 10 ans seulement, Crypto AG représente un exemple de business model. Cette société est aussi un modèle de collaboration internationale fructueuse et sans heurts (sauf pour les autres) pendant des décennies. A peine épinglée 2 ou 3 fois par la presse tout au long de sa vie, elle finit toutefois par faire la Une dans de nombreux médias qui dès lors ne la lâchent plus. Quel dommage, précisément au moment où l’entreprise envisageait de mettre la clé sous la porte, deux ans après que les Etats-Unis ait cessé de l’utiliser… Hasards et coïncidences ne jouent pas dans cette équipe, pas plus que le temps. L’orchestration est magistrale, on est tenté d’y chercher un Karajan souterrain pour le féliciter de nous faire relire la grande Histoire à travers cette porte dérobée, chapeau bas Maestro!