« Heidi en Chine » Héritage chinois à redécouvrir

Au cinéma d’Oron, le 5 juillet, à 20h

« Après L’âme du Tigre » (2016), François Yang revient sur les petits et grands écrans avec « Heidi en Chine », un documentaire au programme des Visions du Réel de cette année qui ont eu lieu en ligne.

Charlyne Genoud | Le long-métrage suisse retrace la vie tourmentée de la mère du réalisateur. Abandonnée par son père chinois à Fribourg en 1946, Heidi part en 2018 avec son fils sur les traces de ses frères et soeurs qu’elle connait mal. Ensemble, ils revisitent l’Histoire de la Chine pour mieux comprendre ce qui est arrivé à Heidi, mais surtout ce qui lui a été épargné.

En quête

« Heidi en Chine » est un documentaire qui voyage, avec pour destination finale la vérité. Le scénario forme une boucle: le spectateur rencontre d’abord Heidi en pleine balade en montagne. Alors qu’elle marche dans la neige, son fils pose les quelques questions qui permettront au spectateur de se lancer sereinement dans le récit. Dans la maison de son enfance ensuite, la protagoniste retrace son début de vie tout en en mimant certaines scènes, comme sa manière d’attendre et d’espérer un courrier de son père rentré en Chine sans elle. Accompagné par des images d’archives, le récit de Heidi retrace alors son abandon et son lien particulier à ses origines. Une fois cette base posée, il est temps pour
François Yang de confronter le point de vue suisse de sa mère à ceux de ses frères et sœurs élevés en Chine. Heidi est la guide de cette aventure, mais sa voix s’efface petit à petit pour laisser entendre celle de ses frères et soeurs. La boucle sera finalement bouclée lorsqu’elle raconte l’histoire de sa famille de son point de vue devant ses frères et soeurs ayant grandi en Chine. La mise en perspective finale de son ressenti de l’histoire avec celui de ses frères et soeurs met en lumière tout le chemin parcouru par le documentaire. 

Le silence comme bruit de fond

A l’avant-première au City-Club de Pully, François Yang avoue une difficulté rencontrée lors de la réalisation de son film: le silence de son oncle Tao. Le frère de Heidi, qui est quant à lui rentré en Chine avec son père en 1946, a par la suite décidé de revenir seul à Genève. Vraisemblablement traumatisé par la violence du gouvernement chinois, il s’est muré dans le silence depuis. François Yang confie la persévérance dont il a dû faire usage pour obtenir vingt secondes de parole d’entrevue avec son oncle. Au cours de ces dernières, Tao raconte un échange avec son père qui l’a décidé à ne plus parler. L’ explication de son silence sera sa seule prise de parole, alors même qu’une grande partie du film devait originellement se baser sur ses dires. Symboliquement, c’est le silence de l’oncle qui engendre le voyage de la mère et de son fils, et c’est plus largement le silence de son père qui engendre tout le documentaire. Le silence, absent d’un documentaire où tous parlent pour expliquer l’histoire de la famille en est en fait le moteur. Persécutés pendant la révolution culturelle, chaque membre de cette fratrie a dû apprendre à maîtriser ce silence que François Yang décide aujourd’hui de rompre.

« Heidi en Chine » de François Yang – Documentaire, Suisse, 2019 – 82 minutes, en Français et Chinois

Prise d’image à l’aveugle

Alors que Heidi Yang parle de ce documentaire comme « une rencontre familiale avant d’être un film » sur la scène du City-Club de Pully, un homme qui ne figure pas dans le film se tient à côté d’elle sans micro dans la main. C’est Patrick Tresch, le preneur d’image de tout le périple de « Heidi en Chine ». L’homme prend finalement la parole en confiant une petite fierté: des spectateurs lui avouent de temps à autres avoir cru que les images avaient été prises par François Yang directement. Patrick Tresh a ainsi su s’effacer complètement derrière sa caméra, mais surtout se fondre dans l’oeil du réalisateur d’une manière très convaincante. Ceci est d’autant plus fascinant que cet homme filme des échanges en chinois sans parler cette langue. A ce titre, il explique que dans une telle situation, « on filme à l’aveugle, mais il y a beaucoup de choses physiques qui se passent ». CG