Frédérique Burnand nous a quittés

Où le peintre avait son atelier, c’était son coin de paradis

Frédérique Burnand devant les fresques de son arrière-grand-père

On la savait malade, jamais on ne pensait qu’elle pouvait nous quitter à 64 ans, le 10 septembre passé. Arrière-petite-fille du peintre Eugène Burnand, la cadette des trois enfants du pasteur Alain Burnand était enracinée au Seppey (sur Moudon) où le peintre avait son atelier. C’était son coin de paradis, elle en connaissait les moindres détails et surtout pouvait nous faire revivre les péripéties et anecdotes des magnifiques tableaux que son illustre aïeul avait peint en ce lieu. On avait eu le privilège de faire connaissance alors qu’elle célébrait le 100e anniversaire du célèbre tableau « Labours dans le Jorat ». Par une très belle journée, elle avait tenu à présenter, à l’endroit même ou le fameux peintre avait fait atteler des bœufs pour réaliser son œuvre de plus de 6 mètres, près de la réalité, avec en arrière-plan les majestueux paysages joratois. L’atelier du peintre est situé à quelque 300 mètres de la réalisation du tableau, à Seppey, sur la commune de Vulliens. Anne-Frédérique Burnand était enseignante de français et de philosophie engagée. Sa deuxième patrie était la Russie dont elle avait appris la langue. Elle avait écrit un livre: « Jour de Russie » publié en 2018 aux Editions de l’Aire à Vevey. Elle y relatait, entres autres, ses connaissances en psychologie pour accompagner les patients en attente – souvent angoissée – de leur opération, ou dans la phase post-opératoire au Centre de chirurgie cardiovasculaire de Tcheliabinnsk (1,5 million d’habitants à 1500 km à l’est de Moscou), durant son année sabbatique. Elle a mis au point une méthode permettant d’extérioriser les émotions. On parle encore, après son départ, de la bournandskii metod ! Frédérique est la cheville ouvrière du musée, le seul musée vaudois consacré à un seul peintre. Sans se mettre en avant, elle tenait à présenter les œuvres de son aïeul à Moudon et sous sa férule, en 1987, elle a convaincu le syndic de Moudon d’alors, Maurice Fauchère, de créer une Fondation pour entretenir et loger les tableaux d’Eugène Burnand à la Maison Denezy. Elle était présente au comité depuis lors. Un ancien président, Eric Baudat, de la Fondation du Musée Eugène Burnand a tenu à rendre hommage à Frédérique qui lui a succédé à la présidence de 2014 à 2016 (sa santé défaillante ne lui permettait plus d’assumer sa charge). Son musée, elle y tenait par-dessus tout. Elle s’est battue pour le conserver à Moudon, malgré les rêves de politiciens cantonaux avides et le manque de soutien des députés locaux. Eugène Burnand, un des plus célèbres peintres vaudois, est né à Moudon et c’est dans cette ville qu’il est juste de pérenniser son œuvre et les souvenirs qui s’y attachent. Espérons que ses vœux se réalisent. Nos pensées vont à sa famille et à tous ses nombreux amis.