Forel (Lavaux) – Des ours, des oiseaux, du saumon… et des lapins !


Les automobilistes qui n’empruntent que très épisodiquement la route de Grandvaux peuvent légitimement être interloqués en apercevant, dans un jardin jouxtant la chaussée, une énorme statue d’ours, et quelques autres sculptures de plantigrades et d’oiseaux, notamment. Cet espace est le domaine de Pierre Truffer. Ce Haut-Valaisan, établi de longue date à Forel, était connu jadis comme entrepreneur dans le bâtiment. Mais depuis une vingtaine d’années, il s’est « taillé », au propre comme au figuré, une réputation de sculpteur et de peintre. Personnage au parcours singulier, à bientôt 80 ans, il façonne sans relâche des figures animalières dans le dur calcaire blanc qu’il fait venir de France.
« J’étais grand amateur de pêche au saumon. Lors d’un séjour en Alaska, au bord d’une rivière, je suis tombé nez à nez avec un imposant grizzli. J’ai eu la peur de ma vie, mais l’animal a fini par s’éloigner. A mon retour, je me suis mis en tête de le sculpter à taille réelle. C’est ainsi que j’ai attrapé le virus de la sculpture », raconte-t-il. Et depuis cette rencontre inopinée, l’artiste n’a pas chômé. Son domicile, son atelier, son garage et son jardin sont encombrés de dizaines de sculptures de toutes tailles : des ours, bien-sûr, mais aussi des poissons, des oiseaux, des fouines, etc.
Et lorsqu’il se lasse de ses ciseaux de tailleur de pierre, il les troque contre des pinceaux. Ses tableaux chatoyants qui célèbrent la nature et la faune ornent les murs de sa maison, aux côtés des délicates broderies de Marie-Claire, une souriante fribourgeoise qui partage sa vie depuis six ans et qu’il a épousé il y a deux ans. Difficile de trouver un couple plus sympathique et plus amoureux de la vie…
Et ce n’est pas tout : notre peintre-sculpteur sait aussi se faire commerçant. Lui qui, l’âge aidant, a renoncé à ses escapades au-delà du cercle polaire arctique, n’a pas perdu le goût du saumon pour autant. Profitant de ses filières, il en importe pour en vendre au fines bouches de notre coin de pays. « J’organise des dégustations deux fois par année. Mais j’en ai en stock toute l’année », précise-t-il.
Lorsque l’auteur de ces lignes pensait en avoir fini et se préparait à prendre congé, son hôte l’invita encore à découvrir son clapier niché dans un coin du jardin où somnolaient quelques léporidés bien dodus aux oreilles pendantes. C’est pour les manger ? La question le fait bien rigoler. Il feint même l’indignation : « Mais non ! Ils sont heureux ici… Et ils sont bien protégés des prédateurs. D’ailleurs, ça fait un moment qu’on a plus vu le renard. »
Avis aux amateurs : Pierre Truffer fait aussi des sculptures sur demande et vend volontiers certaines de ses œuvres. Les curieux et les amateurs de saumon sont les bienvenues, pour autant qu’il ne se pointent pas à l’improviste, comme le grizzli qui, il y a vingt ans, a changé le cours de sa vie.
Contact : 079 204 53 49



