Femmes atypiques – Des petites pieuvres partout

Aujourd’hui, je vais vous parler des petites pieuvres. Qui sont apparues un jour sur une page Facebook et ont immédiatement attiré mon attention. C’est un projet qui a vu le jour au Danemark et qui s’est très vite répandu en Suède, aux Pays-Bas, en Belgique et en France. Puis en Suisse en 2016.

Mais de quoi parle-t-on, me direz-vous?

Nadège Osmani

Propos recueillis par Monique Misiego. |. De ces petites pieuvres en coton qu’on voit passer partout, mais surtout sur Facebook. Ce sont trois amies, Nadège Osmani, Emilie Ruch et Maud Di Filipo, adeptes du crochet toutes les trois, qui ont décidé de mettre en route cette initiative en Suisse. Elles ont commencé par demander l’autorisation aux initiatrices du Danemark, puis ont fondé leur association en bonne et due forme avec des statuts comme il se doit. Elles ont ensuite fait la demande aux CHUV qui a mis du temps à leur répondre, mais qui a accepté une période d’essai de trois mois en 2017. Le projet était lancé, il n’y avait plus qu’à… Elles ont commencé à un petit niveau, elles étaient environ 700 sur toute la Suisse, Puis le bouche à oreille a fonctionné, les réseaux sociaux aussi, et toutes les femmes de ce pays ou presque ont commencé à faire ces petites pieuvres. Elles sont actuellement 3600 membres réparties dans différents groupes dont environ 2000 confectionnent ces petits objets. Certaines se limitent à une pieuvre, d’autres en font une quinzaine par semaine. Nadège Osmani a par exemple une cinquantaine de crocheteuses qui lui font parvenir leur travail. Avec ses deux amies, elles se répartissent les régions. C’est tout un art d’arriver à faire une pieuvre conforme. Il y a des règles très précises. Il ne doit pas y avoir de trous, les tentacules doivent être faites d’une certaine façon, il doit y avoir deux couleurs pour que le nouveau-né les distingue mieux. Certains cotons sont adaptés, d’autres pas. Une liste des marques de coton à utiliser est fournie. Le rembourrage est important aussi, ni trop mou, ni trop dur. Toutes ces règles paraissent rigides, mais elles sont imposées par le CHUV pour le bien-être et la sécurité des bébés. D’ailleurs, les pieuvres conformes vont pour les bébés prématurés, les autres sont distribuées en pédiatrie. Sur environ 400 pieuvres contrôlées par Nadège en janvier, il n’y en avait que 70 qui étaient conformes. Quel temps consacrent-elles à l’association? Environ deux jours par semaine si elles cumulent toutes leurs heures Pour exemple, elles ont reçu environ 700 mails rien qu’en janvier. Elles reçoivent quotidiennement des téléphones pour des renseignements de la part des crocheteuses. Nadège Osmani reçoit une cinquantaine de pieuvres par semaine. Elle doit les laver, les sécher, ceci deux fois de suite, puis les contrôler, une à une, environ 10 minutes par pièce. Elle contrôle qu’il n’y ait pas de trous, les yeux, les tentacules qui doivent avoir une certaine longueur. Elle les emballe toutes avec une étiquette portant le nom de la crocheteuse pour que les parents des prématurés qui le désirent puissent les remercier. Ensuite, elle fait un retour à chaque crocheteuse pour l’informer de la qualité et de la conformité de son travail.

C’est un élan de solidarité énorme

Quand je lui demande si elle avait supposé la masse de travail que cela représente, elle me dit que oui en ce qui concerne la confection et le contrôle, mais que le travail administratif représente une charge qu’elle n’avait pas imaginé. Les trois amies sont mamans donc ce travail totalement bénévole s’ajoute à celui de la journée. Mais elles semblent avoir beaucoup de plaisir à faire cela. Je lui demande si l’association a des fonds à disposition pour payer les frais inhérents à leur activité, à savoir l’essence pour aller chercher les petites pieuvres dans les points de récolte, la lessive pour les laver, les frais pour le site internet. Tout cela a un coût. Elles ont commencé la fabrication de porte-clés avec des petites pieuvres qu’elles espèrent vendre pour constituer un petit fonds de caisse pour leurs frais. Quelques merceries jouent le jeu en offrant de temps en temps une pelote de coton aux grandes crocheteuses, quelques dons par ci par là de personnes conscientes des frais et qui joignent 10 francs pour payer la lessive. Mais il est clair que si elles comptaient leurs heures, ce projet ne serait pas viable. Elles le font parce qu’elles aiment crocheter, parce qu’elles ont été touchées en tant que mamans et parce qu’elles aiment le contact. Quand je lui demande si une débutante peut apprendre à confectionner ces petites pieuvres, elle me montre le tuto écrit disponible sur FB. Il y a aussi des tutos filmés sur youtube, et pour celles qui se sentent moins sûres, des cafés pieuvres sont mis sur pied régulièrement dans différents endroits, parfois au domicile des crocheteuses, plus souvent dans des cafés ou des merceries. C’est un élan de solidarité énorme, on sent une envie d’aider les autres et de poursuivre ce projet tant que des femmes ou des mamans comme elles auront envie d’apporter leur pierre à l’édifice.

Si vous voulez les aider, compte 14-56439-7 – IBAN 0900 0000 1405 6439 7 – Mention Petites pieuvres fils de douceur, 1055 Froideville

Si vous voulez crocheter dans votre coin, tuto et liste des cotons et merceries sur FB.

Si vous voulez participer à un «café-pieuvre», liste disponible sur leur page FB, onglet «évènements». Il y en a presque toutes les semaines. info@petites-pieuvres-suisse.ch – www.petites-pieuvres-suisse.ch – Page FB :  /petitespieuvresfilsdedouceur