Fantôme et sorcières d’Halloween reviennent…


Il faut s’y préparer ! Que cela nous amuse ou nous agace, ce samedi soir, à l’occasion d’Halloween, des hordes de bambins grimés et déguisés vont venir sonner à notre porte pour réclamer leur tribut de friandises. Depuis deux semaines, les grandes surfaces de la région ont rempli leurs rayons thématiques de décorations, de costumes, de masques, de bonbons à tête de mort, etc. Et le secteur agricole en profite, lui aussi, pour écouler ses courges à creuser. Halloween est devenu l’un des dix plus importants temps forts de l’année pour la grande distribution.
Très connotée américaine, et à juste titre, la fête d’Halloween n’en est pas moins d’origine européenne. Elle trouve sa source dans les célébrations païennes du Samhain qui, il y a plus de 2500 ans, en Irlande et en Ecosse, marquaient la fin des récoltes et l’entrée dans la « saison obscure ». Les Celtes pensaient que lors de la nuit qui correspond à notre 31 octobre, la frontière entre le monde des morts et celui des vivants s’ouvrait brièvement. Ils allumaient alors des feux et se masquaient pour éloigner les mauvais esprits et se concilier les bonnes grâces de leurs ancêtres.
Sous le christianisme, devant l’impossibilité d’interdire ces célébrations multiséculaires, profondément ancrées dans les mentalités, l’Eglise catholique déplaça la Toussaint au 1er novembre. Le 31 octobre devint ainsi « All Hallows’ Eve », « la veille de tous les saints », un nom qui se transforma progressivement en Halloween. Au milieu du XIXe siècle, une grande famine poussa des millions d’Irlandais à émigrer vers l’Amérique où ils apportèrent leurs traditions. La fête y prit l’ampleur populaire et commerciale que l’on sait.
Avant le milieu des années 1990, n’importe quel Suisse aurait sans doute été complètement intrigué, voire déboussolé, en découvrant devant sa porte un groupe de gamins rigolards déguisés en squelette, en sorcière, en fantôme ou en momies, criant « Des bonbons ou un sort ! », traduction directe de l’anglais « Trick or treat ! », ou simplement « Joyeux Halloween ! »
Cette fête, qui n’est pas de « chez nous », s’est progressivement implantée en France, via les films et les feuilletons américains, avant de débarquer, il y a un peu plus de trente ans, d’abord en Suisse romande, puis chez nos voisins alémaniques. Le monde agricole comprit très vite le profit qu’il pouvait tirer de cette fête.
En 1997, les frères Beat et Martin Jucker, des agriculteurs zurichois qui avaient le nez fin, furent parmi les premiers à lancer une production massive de citrouilles, tout en organisant des événements festifs qui popularisèrent l’imagerie d’Halloween. L’explosion des ventes illustre ce succès : la Suisse est passée de 230 tonnes de courges vendues en 1991, à plus de 10’000 tonnes au début des années 2000, puis à quelque 15’000 tonnes actuellement. (NDLR : La courge est un terme général qui désigne toute une famille de plantes cucurbitacées dont la citrouille est une variété).
Dans notre région, les producteurs de courges ne manquent pas. Poussé par cet élan – c’est un exemple parmi d’autres – Alice et Stéphane Stutz, qui possèdent la ferme bio des Grenets, à Forel (Lavaux), se sont lancés « dans la courge », l’année dernière. Et ils ne s’en plaignent pas : « Ça marche très bien, grâce à notre self. Et nous pensons encore augmenter cette production », nous ont-ils confié.
Après le monde agricole, la grande distribution s’est très vite engouffrée dans la brèche. Certains milieux chrétiens ou patriotiques identitaires ont bien tenté de s’y opposer. En vain ! La fête d’Halloween est désormais entrée de plain-pied dans le calendrier annuel de nos festivités. Autant lui faire bon accueil, à fortiori lorsqu’elle est incarnée par d’enjoués et « innocents » marmots en quête de sucreries.
Navets, citrouilles, tradition païenne et légende chrétienne
Lors de la fête de Samhain, les Celtes creusaient des navets ou des betteraves pour y placer des braises afin de guider l’âme de leurs ancêtres et chasser les mauvais esprits. Bien plus tard, vers le XVIIe siècle, apparaît dans la tradition orale irlandaise le conte de Jack l’Avare (Stingy Jack), un ivrogne, menteur et manipulateur qui parvint à tromper le Diable venu réclamer son âme. Lorsqu’il meurt, non seulement les portes du paradis lui sont fermées, mais même l’enfer n’en veut pas. Jeté dans le froid et l’obscurité, Jack supplie le Diable de lui donner un peu de lumière. Le Diable lui lance alors un morceau de charbon ardent que Jack place dans un navet qu’il a creusé pour en faire une lanterne de fortune. Le folklore irlandais a fini par greffer l’histoire de Jack à la vieille pratique celtique du navet. Lors de leur émigration massive aux Etats-Unis, les Irlandais emportèrent la légende et la coutume celtique avec eux, mais remplacèrent les navets par des citrouilles, plus locales et bien plus faciles à sculpter. Voilà qui explique l’origine des citrouilles et des célèbres lanternes d’Halloween appelées « Jack-o’-lantern ».


