Exécution – La chronique de Georges Pop

Le dernier rapport d’Amnesty International, publié la semaine dernière, fait état d’une hausse « vertigineuse », l’année dernière, du nombre de condamnations à mort et d’exécutions due à une poignée de gouvernements déterminés à régner par la peur. Cette flambée de mises à mort est surtout le fait de deux pays qui manifestement accordent peu de valeur à la vie humaine : la Chine et, davantage encore, l’Iran des mollahs qui n’hésite plus à pendre publiquement des femmes et même des adolescents les qualifiant « ennemis de dieu ».
Il ne nous appartient pas ici d’entrer dans le détail sordide et chiffré de cette progression. Les données statistiques sont disponibles sur le site d’Amnesty. En revanche, on peut se demander pourquoi et depuis quand le mot « exécution », qui désigne l’action d’accomplir quelque chose, et qui est issu du latin « exsecutio » qui signifie « accomplissement » s’applique à la mise à mort d’un ou de plusieurs individus.
Lorsqu’il apparaît en français, vers le XIIIe siècle, sous la forme « execution », ce terme désignait principalement l’accomplissement d’une mission ou d’un testament. Mais à partir du XVe siècle, son sens s’est spécialisé et l’expression a commencé à désigner l’action de « mettre à exécution » une sentence rendue par la justice, et plus particulièrement celle qui ordonnait la mise à mort. Dans la langue administrative et judiciaire, cela permettait d’insister sur le fait que l’acte de tuer n’était pas un homicide, mais bien l’application rigoureuse d’une décision ordonnée par la loi et « exécutée » par le pouvoir en place.
En ce temps-là, la nature de l’exécution dépendait du crime pour lequel on était condamné : la pendaison était réservée aux roturiers, aux voleurs et aux meurtriers : la décapitation, à l’épée ou à la hache, moins infamante, était le « privilège » de la noblesse ; le bûcher était réservé aux hérétiques, aux sorcières, ainsi qu’aux crimes sexuels, et les « supplices aggravés » incluant l’écartèlement, l’écorchement ou la roue, étaient réservés aux régicides, aux traîtres et aux assassins.
Jusqu’à la fin du Moyen-Âge, les sentences publiques étaient directement appliquées par le plaignant, le juge ou un huissier. Les premières mentions d’exécuteurs officiels, alors appelés « redresseurs » ou « maîtres des hautes œuvres » datent du XIVe siècle. C’est à cette même époque qu’apparait dans notre langue le mot « bourreau », péjoratif, voire insultant. Il dérive du verbe « bourrer », qui signifiait alors « frapper » ou « maltraiter ».
En Suisse, la dernière exécution civile a eu lieu le 18 octobre 1940 à Sarnen, dans le canton d’Obwald. Le condamné, un meurtrier multirécidiviste, Hans Vollenweider, a été exécuté à la guillotine. La peine de mort a été totalement abolie pour les crimes de droit commun dans le Code pénal suisse en 1942, puis constitutionnellement en 1999. Sous le Code pénal militaire, la peine de mort a continué d’être appliquée pour trahison pendant la Seconde Guerre mondiale, avec 17 exécutions entre 1940 et 1945, avant d’être définitivement abolie en 1992.



