Etoiles filantes : les derniers éclats des comètes
Allongés dans l’herbe, à guetter un éclair fugace dans la nuit, beaucoup d’entre nous ont déjà tenté de surprendre une étoile filante lors des Perséides du mois d’août. Mais ce que nous nommons « étoile » n’en est, en réalité, pas une. Sylvia Ekström, astrophysicienne à l’Université de Genève, revient sur ces traînées lumineuses qui attirent notre regard chaque été.

Le Courrier : La fascination pour les étoiles se réactive au sein de la population à chaque nouveau phénomène visible. Pourquoi aime-t-on autant regarder les étoiles ?
Sylvia Ekström : Un ciel étoilé, normalement, est immuable : nos grands-parents nous ont peut-être montré les constellations, comme ils les avaient apprises des générations précédentes. Dans cette configuration, lorsque quelque chose s’anime, nous sommes fascinés. Et puis, repérer une étoile filante est aussi un vrai défi, tant le phénomène est bref. Cela révèle notre capacité à détecter ce qui bouge et active notre instinct de chasseur.
Alors justement, qu’est-ce qu’une étoile filante ?
C’est assez étonnant, car, en réalité, il ne s’agit pas du tout d’une étoile. C’est un phénomène purement atmosphérique : un tout petit grain de poussière qui pénètre dans l’atmosphère terrestre et s’enflamme sous l’effet du frottement, produisant cette traînée lumineuse que l’on aperçoit dans le ciel.
D’où vient cette poussière ?
Elle est liée au passage d’une comète. Les comètes sont des corps du système solaire situés en temps normal à plusieurs heures-lumière de nous. Régulièrement, elles passent près du soleil, puis elles repartent vers les confins du système solaire. Ces corps sont des sortes de boules de neige sale, constituées de glace, de poussières et de petites molécules diverses. Lorsque les comètes s’approchent du soleil, leur glace devient vapeur et libère ces éléments qui restent là en suspension.
Pourquoi peut-on assister à des pluies d’étoiles filantes aux mêmes périodes chaque année ?
Parce que la Terre traverse chaque année un même nuage de poussières laissé par une comète. Les Perséides sont, par exemple, liées au sillage laissé par la comète Swift-Tuttle, qui croise le plan de l’orbite terrestre tous les 133 ans environ. Comme son dernier passage remonte à novembre 1992 seulement, la pluie d’étoiles filantes du mois d’août est encore très intense.
Quand vous parlez de « grains de poussière », est-ce une image ?
Non, ce sont vraiment des grains, de la taille de la poussière que l’on peut trouver chez soi. Il arrive parfois que les fragments soient plus gros et s’approchent de la taille d’un gravillon, voire un petit caillou. On peut alors observer dans le ciel, ce qu’on appelle un « bolide », une énorme étoile filante qui peut parfois être colorée : les fragments plus volumineux contiennent divers éléments chimiques, comme l’azote ou l’oxygène, qui émettent une couleur en brûlant. Certaines étoiles filantes peuvent même être audibles, si elles passent suffisamment près.
Pourquoi ces éléments prennent-ils feu en passant dans l’atmosphère ?
Même si on n’en a pas l’impression, l’atmosphère terrestre est relativement dense. Quand un objet y pénètre à très haute vitesse, le frottement suffit à le faire s’enflammer. C’est pourquoi les navettes spatiales sont équipées d’un bouclier thermique. Sans lui, les conséquences peuvent être dramatiques : en 2003, la navette Columbia s’est désintégrée à son retour, tuant ses sept astronautes parce que son bouclier était défectueux. Cet accident a sonné le glas du programme américain des navettes spatiales.
Cette poussière de comète peut-elle atteindre le sol ?
Dans le cas des sillages des comètes et des étoiles filantes, on a affaire à des grain si petits qu’aucun dégât n’est attendu. En général, on considère que tout ce qui est plus petit qu’un autocar ne parvient pas jusqu’au sol sous forme de météorite. Mais des objets nettement plus petits – de la taille d’une voiture, voire d’un vélo – peuvent causer d’importants dégâts, car ils explosent en altitude sous l’effet des contraintes physiques. C’est ce qui s’est produit avec le météore de Tcheliabinsk, en Russie, dont l’explosion avait brisé la quasi-totalité des vitres de la ville.
Quelles sont les meilleures conditions pour observer des étoiles filantes ?
Il vaut mieux s’éloigner des grandes villes et de leur pollution lumineuse, et privilégier la montagne ou un endroit reculé, sans forêt alentour, afin d’avoir le plus grand horizon possible. Le mieux est ensuite de se coucher dans un champ dégagé et garder les yeux grands ouverts, en regardant à la fois partout et nulle part, pour détecter le mouvement du coin de l’œil.
Et vous, pourquoi aimez-vous les étoiles ?
Les étoiles filantes, je les aime parce qu’elles sont une bonne occasion de s’installer dans l’herbe et de regarder le ciel, ce que l’on ne fait pas forcément spontanément le reste de l’année. Ce qui me fascine le plus chez les étoiles, c’est qu’elles sont, en quelque sorte, nos mères. Tous les éléments chimiques qui composent notre corps et la Terre – le carbone, le calcium de nos os, l’oxygène que l’on respire ou le silicium présent dans les roches – ont été créés dans des étoiles. Ce qui m’intéresse, c’est de comprendre nos origines à travers leur étude, de comprendre, au sens large, pourquoi l’univers n’est pas resté un simple nuage d’hydrogène et d’hélium, mais a fini par produire des planètes, avec même des gens dessus.

Bio express
Sylvia Ekström est née à Stockholm en 1966 et a grandi à Genève. Entre 1988 et 1999, elle travaille en salle d’accouchement comme sage-femme. Après avoir vu la comète Hale-Bopp, elle décide de se tourner vers l’astrophysique et obtient, en 2008, un doctorat en la matière à l’Observatoire de Genève. Spécialiste de physique stellaire, elle est également responsable de la communication pour le Département d’astronomie de l’Université de Genève. Elle a écrit deux livres publiés aux Editions Favre : « Nous ne vivrons pas sur mars, ni ailleurs » (2020) et plus récemment, en 2025, « 100’000 milliards de milliards d’étoiles – La vie secrète de nos mamans cosmiques », un ouvrage de vulgarisation scientifique qui explique de quoi sont composées les étoiles, comment elles naissent, vivent, puis meurent.
Les Géminides, l’autre pluie d’étoiles filantes
Thomas Cramatte | Chaque année à la mi-décembre, la Terre traverse un nuage de débris laissé non par une comète, mais par un astéroïde, 3200 Phaéton. «Contrairement aux Perséides, issues de la comète Swift-Tuttle, les Géminides viennent d’un corps rocheux, ce qui change la nature du spectacle», nous expliquait déjà Jean Aellen en 2023, de la Société d’astronomie du Haut-Léman. Plus lents, les Géminides circulent à environ 126’000 km/h contre plus de 210’000 pour les Perséides, ce qui influence aussi leur couleur. Les premiers sont jaunâtres plutôt que blancs ou bleutés comme c’est le cas pour les secondes. Le pic des Géminides se situe entre le 12 et le 14 décembre, avec jusqu’à une étoile filante par minute à l’œil nu.



