Drame de Crans-Montana – L’après
« Le moment du réveil est intense »

Diane Zinsel | Le Centre hospitalier universitaire vaudois s’occupe actuellement de neuf rescapés du drame de Crans-Montana. Les soins seront longs et délicats, affirme Simon De Ridder, chef de clinique adjoint au Service de médecine intensive adulte, dont l’équipe fait tout pour que les grands brûlés puissent guérir avec le moins de séquelles possibles. Entretien.
Qu’est-ce qu’un grand brûlé ?
Un grand brûlé, c’est quelqu’un dont au moins 20 % de la surface corporelle est brûlée profondément. Ce seuil est plus bas pour les enfants. L’atteinte de la brûlure se calcule via la formule de Wallace, mais pour faire simple et donner un ordre de grandeur, on peut estimer qu’une paume de la main du patient représente environ 1 % de la surface totale du corps.
Quelles sont les premières étapes lors de l’admission à l’hôpital ?
Les patients avec brûlures profondes à plus de 10 %, et/ou avec des complications, ou une atteinte des zones sensibles sont admis au centre des brûlés. Une fois arrivé chez nous, nous organisons rapidement une première évaluation et un nettoyage des plaies par ce qu’on appelle une « douche ». Cette procédure se déroule souvent sous anesthésie générale pour le confort du patient et consiste à rincer, nettoyer et désinfecter les plaies et à y appliquer des pansements adéquats. En même temps, elle nous permet d’évaluer rapidement si le patient a besoin d’une chirurgie urgente (les ‘escarrotomies’) pour sauver des membres ou des organes critiques, menacés par les brûlures. Ceci est heureusement peu souvent le cas. Nous débutons aussi une hydratation intense pour compenser les pertes en liquide associées à la brûlure, et une alimentation précoce afin d’optimiser la guérison. Dans le cas d’un incendie dans un local fermé, comme à Crans-Montana, on craint aussi une brûlure à l’intérieur, au niveau des poumons. Il faut dans ces cas aussi inclure une broncho-scopie pour évaluer les dégâts sur les voies respiratoires.
Les grands brûlés restent ensuite sous surveillance constante au centres des brûlés, qui fait partie des soins intensifs.
Pourquoi ?
Un grand brûlé est un patient très fragile, car sa peau a été détruite. Or celle-ci a pour rôles de protéger l’organisme des agressions extérieures, de maintenir sa température et son hydratation. En attendant qu’une stratégie de reconstruction de la peau soit possible, nos équipes prennent à leur charge ce rôle de barrière. Tout un planning se met en place incluant infirmier, chirurgiens, médecins, diététiciens et physiothérapeutes (voir encadré).
A quel moment décidez-vous si une lésion nécessite une greffe ?
Le recours à la chirurgie dépend de la profondeur des brûlures. Une brûlure superficielle va guérir naturellement, car les couches profondes de la peau ne sont pas atteintes et parviennent à se régénérer seules. Si c’est le cas, la chirurgie devient indispensable. Concrètement, le médecin commence par débrider, enlever toutes les cellules mortes jusqu’à avoir une base vivante sur laquelle le chirurgien dépose une fine couche de peau saine de la taille nécessaire. Celle-ci est prélevée sur une autre partie du corps du patient, au niveau du haut de la jambe ou du ventre, des zones généralement moins exposées. Quand les surfaces à couvrir sont très importantes, nous pouvons aussi faire appel à notre labo qui peut développer des cellules fœtales du patient, remplaçant la greffe, ou même parfois à des greffes de donneurs. En cas de grands brûlés, plusieurs chirurgies de greffes sont souvent nécessaires.
Il suffit de déposer la greffe ?
Il est impératif que la greffe soit posée sur une plaie bien propre et bien préparée. On va l’attacher et laisser reposer cette zone en immobilisant le membre, par exemple avec une attelle. Ce processus est délicat car la surinfection n’est jamais loin et les greffes ne prennent pas toujours du premier coup. Tout notre travail consiste à le faire de la manière la plus optimale possible.
Les grands brûlés sont-ils toujours plongés dans un coma artificiel ?
Pour la première « douche », ils sont toujours endormis. Pour la suite, cela dépend si une partie du système respiratoire et des poumons sont brûlés, auquel cas ils sont maintenus sous sédatifs, le temps que ceux-ci guérissent suffisamment. Après, on tente de réveiller les patients dès qu’on peut, sous condition que les douleurs puissent être contrôlées et que le patient soit stable. Parmi les patients de Crans-Montana, certains ont pu être sortis du coma et extubés.
Quelle prise en charge est prévue au moment du réveil ?
Ce moment peut être intense, car les patients se réveillent après avoir vécu un trauma physique et émotionnel immense. Un suivi psychologique s’ajoute immédiatement au planning des autres soins.
Et sur le long terme ?
Tant les brûlures que la chirurgie reconstructive sont douloureuses et nécessitent des antidouleurs. Pendant tout le séjour à l’hôpital, qui s’étale souvent sur plusieurs mois en cas de grands brûlés, les patients reçoivent des anti-douleurs en suffisance. Une fois stabilisé, nous allons débuter déjà lors de l’hospitalisation un suivi pour réduire ces médicaments, optimiser la qualité de vie de nos patients et leur fonctionnalité avec, si nécessaire, un protocole d’aide psychologique.
L’équipe médicale est-elle aussi accompagnée ?
Oui, le service de psychologie du CHUV a organisé des sessions pour les familles des proches des jeunes brûlés à Crans-Montana. Il a fait de même pour l’équipe médicale qui est à la fois constituée de personnel issu du Centre des grands brûlés – et donc habitué à ce genre de plaies très impressionnantes – mais aussi de soignants issus d’autres services. C’est important que chacun puisse débriefer et être soutenu s’il en ressent le besoin.
Une dernière chose à ajouter ?
Nous savons que le processus sera très long pour les grands brûlés, parce que les lésions sont nombreuses. Nous savons aussi qu’il y aura un autre long chemin à faire une fois sortis de l’hôpital pour recouvrir une vie normale, mais notre équipe fait tout pour qu’ils puissent profiter de cette future vie avec le moins de cicatrices et de traumatisme possibles .
Plusieurs centaines de messages adressés au CHUV
Dans la foulée du drame de Crans-Montana, le CHUV a mis en place une adresse e-mail permettant à toutes les personnes désireuses d’aider d’une quelconque manière les victimes de les joindre. « Nous avons reçu plusieurs centaines de messages par ce biais », indique le service des médias. Les offres proviennent de coupeurs de feu, de naturopathes, ostéopathes, hypnothérapeutes et autres praticiens qui proposent leurs services gratuitement aux patients et à leurs proches. Plusieurs personnes ont aussi proposé des dons de peau, sang et cheveux, des dons financiers, des offres de logement ou leurs services en tant que médecins ou soignants. A cela s’ajoute aussi des témoignages de personnes brûlées souhaitant partager leur expérience.

Le rôle moins connu des physiothérapeutes
Le suivi des grands brûlés est un vrai travail d’équipe, avec des efforts importants de l’équipe médicale, chirurgicale, soignante, des physiothérapeutes et des diététiciens. Le rôle des physiothérapeutes est moins connu du grand public. « Leur tâche est de tout faire pour garder la peau des patients souple, alors que celle-ci a tendance à se rétracter après de telles brûlures », explique Simon De Ridder, chef de clinique adjoint au Service de médecine intensive adulte au sein du CHUV. Pour y parvenir, ils mobilisent les membres atteints, posent des pansements spécifiques pour maximiser la fonctionnalité ou pour diminuer la cicatrisation. « C’est extrêmement important parce que sans ce genre de traitement, les résultats seraient moins bon », ajoute le spécialiste. Les physiothérapeutes sont immédiatement mis dans la boucle des soins et interviennent tant avant qu’après la pose de greffe.
Les Eglises, lieux d’écoute, de ressources et de réconfort

Tous les ministres d’église sont formés à l’écoute, certains avec des formations complémentaires. Au besoin, ils peuvent référer vers d’autres professionnels pour les situations plus lourdes. A Oron et environs, les communautés adventistes, catholiques, évangéliques et réformées témoignent de leur compassion et de leur solidarité dans ce temps post-traumatique. N’hésitez pas à demander de l’aide. Prochain recueillement œcuménique : vendredi 23 janvier, 19h30, temple d’Oron, prière avec chants de Taizé.


