Drame de Crans-Montana – L’après
« Le processus de deuil est individuel »
Diane Zinsel | Le drame de Crans-Montana a fait 40 morts qui laissent des parents, des frères et sœurs, des amis. Comment soutenir celles et ceux qui souffrent? Michel Grataloup, thérapeute de famille au sein de la fondation As’trame Vaud, donne quelques pistes.

Le processus de deuil est individuel, chacun le vit d’une manière différente, à un rythme différent, en ressentant des émotions différentes», explique d’emblée Michel Grataloup pour qui cette notion est primordiale. Il recommande de ne surtout pas codifier ce qui est juste ou faux en donnant des conseils qui pourraient résonner comme des injonctions ou donner l’impression que«l’on vit mal son deuil. Cela ajoute encore plus de souffrance ».
Être à l’écoute
Pour l’heure, les cellules d’aide organisées par les écoles ou les hôpitaux, les rassemblements et les cérémonies commémoratives permettent de donner de l’espace à la douleur, de remplir ce silence que le deuil amène souvent dans son sillage. Mais une fois que cet élan se sera dissipé, « il faudra être particulièrement attentif aux personnes endeuillées – adultes comme enfants – qui auront toujours besoin d’être entendues », analyse le spécialiste.
Dans cette seconde phase, le soutien des proches est tout aussi primordial. « Même si on ne sait pas toujours quoi dire, rappeler qu’on est là, présent, prêt à écouter est très précieux. Cet espace leur permet simplement de parler des émotions, comme la tristesse, la colère ou encore la culpabilité, qui les traversent », explique-t-il. Il donne aussi de la place pour parler de la personne décédée. « Même des mois plus tard, il peut être précieux de continuer à aborder le sujet, sans avoir peur de remuer quelque chose de douloureux. On peut simplement lui demander si elle souhaite en parler », ajoute Michel Grataloup, car ce qui peut sembler encore plus insupportable que de faire son deuil, c’est l’idée même qu’il ou elle soit oublié.
Réintroduire des repères
Pour accompagner les personnes endeuillées, le thérapeute mentionne qu’après un temps, il peut être aussi soutenant de les inviter à reprendre des activités qu’elles aimaient faire, ou de renouer avec des moments partagés qui leurs faisaient du bien. Réintroduire des rituels et des repères aide à redonner un certain sens aux journées et permet d’éviter de s’enfermer trop longtemps dans un retrait social. Il est surtout important de se montrer à l’écoute et patient, car le processus du deuil «n’est jamais linéaire et donne lieu à de nombreux hauts et bas».
Séances individuelles ou en groupe
La fondation As’trame, présente dans tous les cantons romands, a pour mission d’accompagner les familles à la suite d’un bouleversement, comme un deuil. « Nous intervenons toujours dans un second temps, parfois des mois, voire des années après. Les organisations savent qu’elles peuvent nous adresser des patients qui en ont besoin », explique Michel Grataloup, thérapeute de famille au sein de la section vaudoise. La fondation propose de l’aide sous forme de séances individuelles sur le court ou le long terme. Elle organise aussi des réunions de groupe pour les enfants, les ados ou les parents. « Cette forme de rencontre est quelque chose d’extrêmement soutenant et porteur, car il y a ce sentiment que l’insupportable est plus facilement partageable et compréhensible par des personnes qui sont passées par une expérience similaire », glisse Michel Grataloup. Le site internet de la fondation propose aussi plusieurs ressources, notamment d’un guide pratique intitulé « Accompagner l’enfant en deuil » qui suggère et détaille des pistes de réflexion et d’action selon l’âge, de la prime enfance à l’adolescence.
Quelques ressources à disposition
Les jeunes peuvent obtenir de l’aide gratuite et professionnelle sur ciao.ch (11 à 20 ans) et onecoute.ch (18-25 ans). Le 147, la ligne d’écoute pour les jeunes est joignable 24/24 toute l’année par téléphone, whatsapp ou e-mail. Le site projuventute.ch propose à la fois de l’aide pour les jeunes et pour les parents qui souhaitent accompagner leurs enfants. Pour les adultes, la Main tendue est disponible par téléphone au 143, par email ou par chat directement sur le site.


