Des vendanges 2026 surprenantes
Pour notre avant dernier épisode de cette saison de vendanges, nous allons faire un petit tour du côté de Lutry. Début septembre, les vendanges avançaient bien, voire elles se terminaient pour certains domaines. Entre réalisme, culture biologique et transmission de connaissances, la viticulture de Lavaux est challengée mais toujours bien présente.

La récolte de cette année en aura surpris plus d’un. Avec une arrivée avancée de plus ou moins deux semaines, une belle qualité du raisin, qui a nécessité très peu de tri et donc une récolte accélérée et des températures importantes lors de l’entrée en cave, le millésime 2026 marquera les esprits longtemps.
Au Domaine du Chaney, où nous nous sommes rendus le 11 septembre, Victoria et son père Claude Mingard, ainsi que leur famille et amis ont les mines réjouies, les derniers raisins ont été rentrés le matin même et la vendange 2026 s’est terminée plus tôt que prévu. « J’ai passé 50 vendanges et c’est du jamais vu. On est très tôt dans la saison, avec des températures élevées, sans pluie et sans maladie », constate Claude Mingard, vigneron-encaveur.
La canicule, qui a persisté durant les vendanges, est un véritable défi pour les encaveurs. Une fois que la récolte rentre dans les caves, il faut faire attention aux départs de fermentation et avec les températures de fin août, il y a de quoi transpirer. « Idéalement, il faut que le moût soit entre 20-22°C pour qu’il monte bien en fermentation. Là on rentre de la vendange à 28°C et il faut la refroidir. Pour cela, on utilise la climatisation et le système des drapeaux », explique Claude Mingard.



Passage de flambeau au Domaine du Chaney
L’année 2026 marquera aussi plus particulièrement la famille Mingard. En effet, Victoria a décidé, après son CFC de viticultrice, obtenu en juin dernier, de poursuivre l’aventure de la famille au Chaney en reprenant à la suite de son papa. Pour ce dernier « c’est une joie, une fierté même et aussi un soulagement de se dire que ça continue J’ai repris le domaine en 1983 et on ne posait pas de questions, les gens buvaient. Maintenant c’est autre chose ».
En effet, sans vouloir constamment en parler, mais sans vouloir le renier non plus, la viticulture traverse une tempête, pourtant nous voyons des jeunes femmes motivées (cf. édition du 17 septembre avec Emilie Fauquex), qui souhaitent s’investir dans le domaine familial, à l’instar de Victoria Mingard.
« Je n’ai pas vraiment de craintes, j’ai surtout du stress, plus que des craintes, car si je reprends le domaine en étant pessimiste, cela ne va pas aller. C’est la bonne chose à faire, au bon moment, mais je suis réaliste. Il y a un mouvement jeune et féminin qui est prometteur, il y a une nouvelle vision et un peu de fraîcheur. Il faut aussi réfléchir différemment, ce n’est plus la même problématique. Avant, il fallait pouvoir fournir tout le monde, maintenant c’est d’avoir de nouveaux clients ».
Pour son première millésime, Victoria Mingard savoure d’avoir son papa à ses côtés. « C’est tellement précieux de l’avoir, des conseils qu’il me donne et de la place qu’il me laisse, même si parfois je dois le pousser pour qu’il me la laisse. Après, cela fait 50 ans qu’il travaille souvent seul à la cave et il faut laisser la place à la suivante, comme moi je dois prendre ma place. On s’apprend tous les jours et c’est ça qui est magnifique ». Sentiment partagé par son papa, qui a « envie de lui laisser la suite et de travailler ensemble », rajoute-t-il, souriant.
Travailler un produit vivant
Les métiers de la vigne et du vin ont cette particularité de beaucoup s’apprendre avec l’expérience sur le terrain et les connaissances des plus anciens. Certes, il y a une base théorique solide, apprise en formation, mais lors des discussions que nous avons avec les professionnels, il ressort souvent que, comme le produit, c’est un métier « vivant » et où il faut savoir s’adapter. « Le vin est un équilibre entre tout, de la vigne à la cave et c’est un métier où l’on apprend tous les jours quelque chose. Cette année, le travail à la cave sera plus challengeant », explique Claude Mingard. « Si déjà il n’a jamais vu cela, il va falloir être attentive à la cave et suivre l’expérience », rajoute Victoria Mingard
Leur voisin du dessous s’adapte également à ce produit, qui donne le rythme avec Dame Nature. « Cela fait déjà 20 ans qu’on a quinze jours d’avance. Mais c’est vrai que des vendanges sous 30°C, c’est compliqué », explique Daniel Bühlmann. Au Châtelard, le vigneron-encaveur a fait le choix, il y a 7 ans, de la culture biologique, par conviction mais aussi un peu par anticipation des changements climatiques que l’on observe. « Cette année, avec les chaleurs que nous avons eues, il y a eu très peu de traitements, mais j’ai bien conscience que l’année prochaine sera peut-être très différente. La vigne s’est bien adaptée avec le passage en bio, il y a pas mal de travail mais c’est très intéressant. La nature s’organise bien et on peut l’aider en faisant vivre la terre avec de la matière organique et aérer le sol pour le rendre aussi vivant. Finalement, c’est magnifique quand on voit le retour des petits animaux dans la vigne ».
Travailler en famille et avec ses amis, qui le sont devenus au fil des années, savourer ces instants précieux des vendanges, mais sans pour autant se voiler la face par rapport aux difficultés, c’est savoir s’adapter, comme la vigne et le vin le font chaque année. « Le vin est un produit qui vit, évolue, bouge et on doit le découvrir, de variété en variété. Vigneron est un métier dur et éprouvant, mais qu’est-ce qu’on veut de mieux que d’avoir le job devant la maison et avec la nature », conclut Claude Mingard.
La semaine prochaine, clap de fin avec Constance et Jean Duboux.
Eviter que le raisin lâche / La minute Juju vous explique ;)
Dans le jargon des vignerons, nous entendons souvent qu’ils « surveillent le raisin pour qu’il ne lâche pas, sinon, c’est trop tard ». Mais qu’est-ce que cela veut réellement dire ? La minute explication. La peau du raisin s’affine tellement que la peau explose et le jus coule, c’est ce qu’on appelle la piqûre acide. Avec ce jus qui coule, les guêpes sont attirées et cela crée de la pourriture, mais qui n’est pas noble et qui peut s’installer sur toute la grappe. Ensuite, si les guêpes prennent tout le jus, cela crée le dessèchement du grain, qui flétrit trop, et il y a moins de jus. Avec le flétrissement, tout se concentre en sucre et en amertume.


