Cully – « On va tous mourir, mais il n’y aura pas de feux d’artifice »
La première édition du comédie club Le Crachoir a fait salle comble jeudi et vendredi dernier. Chaque soir, quatre humoristes ont investi le caveau Potterat, à Cully, pour 4 représentations.


« Profitez vraiment de cette première du Crachoir. Parce qu’une fois que les inspecteurs de la sécurité incendie auront découvert ce lieu… », une vanne de plus pour Thomas Wiesel. Il faut dire que le lieu connu des environs se prête bien à l’exercice du stand-up. Ici, la proximité entre comédien et public donne des airs de retrouvailles entre amis. Thomas Wiesel revient justement d’un spectacle à Lyon, où les manifestations lui ont laissé un souvenir impérissable : « C’était beau de jouer au milieu de tout ça. Les gens avaient d’autres priorités que de voir un humoriste suisse, mais il y avait des lacrymogènes. »
Le Lausannois poursuit avec la couverture des événements par les médias suisses : « Très Suisse de s’inquiéter de savoir qui allait nettoyer les rues plutôt que d’expliquer les raisons des manifestations ». Autre sujet, les votations fédérales du 29 novembre avec, notamment, l’initiative sur les feux d’artifice : « Je déteste les feux d’artifice. Franchement, on a marché sur la Lune, mais on fait toujours les mêmes oursins colorés depuis 100 ans ». Il ne comprend d’ailleurs pas pourquoi tant de spectateurs s’obstinent à les filmer. « Personne ne se dit : je vais inviter des copains à la maison, on va regarder les feux de Genève de 2009 que j’ai filmés à l’iPad. »
Ici, c’est le seul endroit où on m’écoute
La Valaisanne Marie-Anne Wipf prend le relais de la soirée. Mère de deux adolescents, elle apprécie avoir 60 personnes qui l’écoutent : « Ici, c’est le seul endroit où on m’écoute ». Ses enfants ont beau ne pas connaître grand-chose à la vie, ils ne manquent pas de certitudes. Sa fille lui a ainsi demandé ce qu’il y avait « sous la Sicile, la géologie, c’est pas son fort ». Quant à son fils, il lui a fait découvrir les exploits d’Inoxtag, ce youtubeur parti gravir l’Everest. « Moi aussi j’en ai gravi des Everest, je me suis entraînée pendant neuf mois. J’ai accouché sans péridurale, ce qui est gratuit. »
Pour l’introduction et les transitions entre humoristes, c’est Donatienne Amann qui prend le micro. L’occasion de raconter les difficultés rencontrées pour baptiser le comédie club. « On est partis marcher deux heures avec Blaise pour trouver un nom. A la fin, il ne nous restait plus que Cully Pipi ». De quoi l’amener à parler de son propre prénom, qui suscite toujours la même réaction des personnes qu’elle rencontre : « Donatienne, c’est original. Ça vient d’où ? » Elle imagine alors les discussions entre futurs parents, obligés d’écarter les prénoms de leurs anciennes conquêtes. « Je me dis que mes parents ont dû coucher avec la Terre entière avant de tomber d’accord sur mon prénom. »
Alix Henzelin poursuit avec ses difficultés à gérer les interactions sociales. « Quand j’ai rencontré les parents de mon copain, j’étais tellement stressée que je leur ai demandé s’ils connaissaient leur fils depuis longtemps ». La jeune humoriste évoque aussi son TDAH, diagnostiqué tardivement comme celui de son père. « Moi, pour mon problème de vaisselle, j’ai dû aller voir un psy, prendre des médicaments. Alors que mon père, pour son problème de vaisselle, il a épousé ma mère ».
L’humour d’un Suisse ordinaire
Dernier à se présenter au public, Benjamin Décosterd se présente comme un Suisse parfaitement ordinaire. Parents suisses, vêtements sans originalité, personnalité « standard ». Même ses problèmes le sont. A commencer par les tailles de pantalons, dont il ne comprend pas la logique. « Si le 32 est petit, c’est un 31, en fait. Pourquoi les marques taillent parfois différemment. Et pourquoi ne pas appliquer le même raisonnement ailleurs ? Sur une facture d’impôts de 400 francs, il suffirait d’en payer 100 en expliquant que ça taille petit cette année. »
L’humoriste s’interroge aussi sur ce qui attend les gens ordinaires comme lui après leur mort. Ni assez bons pour le paradis, ni assez mauvais pour l’enfer. « Peut-être qu’on va à Echallens. C’est pas vraiment joli, c’est pas vraiment moche, c’est pas vraiment la ville, c’est pas vraiment la campagne ».
Le Crachoir proposait encore trois représentations. Si les cinq humoristes du jeudi ont assuré une seconde représentation la même soirée, le programme a entièrement changé le vendredi. Blaise Bersinger a pris le relais de Donatienne Amann pour accueillir Nina Cachelin, Marion Agoston, Robin Chessex et Yacine Nemra sur la scène du caveau Potterat.


