Crise vitivinicole – Garder espoir et chercher des solutions
Ce n’est un secret pour personne, le monde du vin traverse une crise sans précédent. Aujourd’hui, nous avons décidé d’expliquer la crise, de comprendre la situation, mais surtout d’amener une petite lueur d’espoir. Oui, la consommation mondiale de vin continue de baisser et les habitudes changent. Mais est-ce que l’abnégation et la force de ces femmes et ces hommes, qui cultivent ces vignes, permettront de créer un nouvel équilibre et de sortir la tête de l’eau ? Une ribambelle de questions et quelques pistes de réponses.

Selon les statistiques vinicoles de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), 77,4 millions de litres de vins suisses ont été consommés en 2024. Aux premiers abords, nous sommes plutôt impressionnés par ce chiffre, mais par rapport à 2023, la consommation a diminué de 16 % et la tendance n’est pas à la remontée. Depuis quelques années, nous remarquons des changements dans les habitudes de consommation, mais la crise semble s’être accélérée.
Mais comment, dans le contexte actuel, essayer de penser positivement et quelles peuvent être les initiatives à mettre en place ? « C’est une question à un million de dollars », sourit d’entrée de jeu Basile Monachon, président de la Fédération vaudoise des vignerons – section Lavaux (FVVL).
Nous avons beaucoup entendu parler de l’arrachage des vignes dans le canton, souvent le fruit d’années de travail et transmis de génération en génération. Lorsque l’on parle de cela, il y a différentes propositions qui sont faites aux vignerons. « Il y a ce qu’on pourrait appeler « l’arrachage définitif », c’est-à-dire recevoir un subventionnement pour arracher de la vigne et rien replanter avant 10 ans. Ensuite, il y a des aides cantonales et fédérales pour replanter des cépages résistants aux maladies fongiques et finalement des aides pour replanter des cépages, qu’on peut dire “adéquats pour le climat de demain” », relate Basile Monachon.

Espérer le soutien politique
Dans cette période plus morose, les professionnels de la branche doivent faire face et tenter de monter au créneau et de solliciter les politiques. Tâche plus qu’ardue, lorsque l’on sait que l’agriculture est une branche en minorité, par rapport au PIB de la Suisse, comme le mentionne Constant Jomini, membre de la Communauté de la vigne et des vins de Lavaux (CVVL) : « Malheureusement, la viticulture c’est une minorité dans la minorité. Depuis les années 90, une quarantaine de motions ou postulats ont été déposés pour essayer de diminuer les importations et pas une seule n’a été acceptée. Ce qu’il faut arriver à faire, c’est qu’on soit unis derrière les instances comme la FVVL ou la CIV (communauté interprofessionnelle du vin vaudois) pour être en contact avec le monde politique ».
« Actuellement, la FVVL travaille sur plusieurs initiatives qui amènent un peu de positif. En collaboration avec Lavaux patrimoine mondial et la CIL (Commission intercommunale de Lavaux), une étude est menée pour l’installation d’irrigation à Lavaux. Il y a également une autre étude, cette fois cantonale et fédérale, pour les aides à la réfection, la rénovation et l’entretien des murs de vignes », explique Basile Monachon.

Des changements sociétaux à prendre en considération
Il serait facile de prendre un raccourci et se dire que les plus jeunes boudent le vin, mais continuent de boire de l’alcool, type cocktails ou de l’alcool fort. Toutefois, la tendance semble s’être généralisée. Selon l’Office fédéral de la statistique, et son enquête sortie 2024, la consommation quotidienne d’alcool s’est réduite chez les hommes, entre 1992 et 2022, pour passer de 30 % à 12 %.
« La société est en train de changer. Une certaine pression est mise sur le mot “Alcool” et l’étreinte ne va pas se desserrer les prochaines années », souligne Basile Monachon. Il y a un changement dans les habitudes de consommation, on remarque que cette fameuse « Gen Z » boit différemment, pourtant les événements comme les Caves ouvertes vaudoises, attirent ce genre de public, qui se montre curieux et intéressé. « C’est-à-dire que le jeune consommateur qui va boire du vin, de la bière, des cocktails, ou autre, ouvre le rayon à une expérience beaucoup plus large que ce qu’aurait fait son grand-papa, par exemple », complète Basile Monachon.
L’œnotourisme et le marché suisse allemand comme pistes
Pour Basile Monachon, la tempête que traverse la branche va « forcément remodeler les entreprises ». Est-ce que ce remodelage passera par une augmentation de l’offre œnotouristique ? « Cela va certainement prendre de plus en plus de place dans certains domaines. Mais si je prends mon exemple, l’œnotourisme est très compliqué à développer, je n’ai pas la place, le personnel ou les places de parcs. Il faut quand même avoir 2-3 conditions pour faire quelque chose d’intéressant. Il ne faut pas oublier que ces prestations n’existaient pas il y a 20 ans et on a aussi pour la région le Vinorama, qui est une bonne chose ».
Avis partagé par Constant Jomini qui met en avant le fait « qu’en Suisse et spécialement dans le canton de Vaud, on a déjà une diversité qui est incroyable, quand on voit le nombre de caves qui proposent des visites, des balades dans les vignes et d’autres choses. Le chemin a déjà été fait et il faut continuer comme cela. A mon avis, on est trop resté dans notre région et on doit aller trouver les autres cantons. Se retrousser les manches et aller parler des vins vaudois en Suisse alémanique. Du moment que le marché est plus difficile et qu’on n’arrive pas à vendre comme on aimerait, il faut peut-être donner davantage de bouteilles pour la promotion et y aller, faire découvrir nos vins, même si on n’a pas de retours directs ».
L’équilibre va changer et il faudra un petit moment pour se réadapter. Il faut tenter de rester positifs et de trouver des solutions pour sensibiliser et faire découvrir les vins de Lavaux, du canton et de Suisse au plus grand nombre. Pour les consommateurs, aujourd’hui, plus qu’hier, il est primordial de se montrer solidaire et de faire vivre ce patrimoine exceptionnel. « Si on veut finir sur un mot vraiment positif, il faut continuer à faire confiance à nos consommateurs suisses qui sont des grands amateurs de bons vins, de vins de grande qualité. Et pour nous, c’est très important de continuer à leur faire confiance. Quand les temps se seront un peu apaisés, on se réjouit de les retrouver dans nos caves », conclut Constant Jomini.


