Coupe symbolique

Luc Grandsimon | Nous vous rassurons tout de suite, ce n’est pas une coupe budgétaire dont nous allons parler mais une coupe de bois. En effet, le lundi 9 mars vers 14h, le conseiller d’Etat Pascal Broulis, accompagné du porte-parole de la Fédération vaudoise des entrepreneurs (FVE) Frédéric Burnand, du charpentier industriel Pierre Volet, de l’entrepreneur forestier, député au Grand Conseil et syndic de la commune de Corcelles-le-Jorat, Daniel Ruch, ainsi que de l’architecte Marc Collomb ont donné rendez-vous à la presse afin de présenter les deux premiers arbres qui constitueront la charpente du nouveau toit du Parlement. Une réunion ensoleillée dans la forêt du Jorat afin d’éclaircir et d’appuyer cette initiative.

«Le bois suisse est un bois qui n’est pas assez utilisé»
Le conseiller d’Etat PLR Pascal Broulis commence son discours par ces quelques mots. Le silence règne dans l’assemblée durant son discours sur les besoins de promouvoir l’utilisation du bois suisse pour des fabrications professionnelles et privées. Un petit rappel des faits: le Parlement, qui est en pleine reconstruction sur le site de Perregaux, devait avoir une charpente avec du bois de provenance étrangère. Un «groupe bois» du Grand Conseil s’est constitué avec des député-e-s de différents partis pour défendre et promouvoir l’industrie forestière du canton. Il s’est mobilisé pour que le bois utilisé dans la confection du toit du nouveau Parlement soit vaudois. «C’est un véritable symbole. Des décisions sur la politique et l’économie suisses doivent être approuvées sous un toit 100% suisse.»
Un millier de sapins et d’épicéas sont nécessaires à la réalisation de ce projet. Ceci ne pose aucun problème puisque la gestion des forêts suisses est un modèle pour l’Europe. «En Suisse, seule la moitié de ce qui pousse est coupé. La loi de protection sur la forêt est toujours respectée», explique le garde forestier du groupement forestier Broye-Jorat, Marc Rod. Le bois nécessaire à la charpente proviendra de toutes les forêts du canton vaudois. «La FVE participe à la construction d’un bâtiment symbolique et, parallèlement, aidons le secteur du bois. Le secteur forestier vaudois, le deuxième en importance du pays, exploitait alors 465’000 m³ en 2013 alors qu’il pourrait en exploiter jusqu’à 700’000 m³ pour un entretien optimal des forêts», ajoute Yves Nicolier, président de la FVE.

Une technologie récente pour la charpente du Parlement
«La future charpente se composera de panneaux multiplis de haute technicité. Le bois sera préparé et envoyé dans une usine en Allemagne afin qu’il soit assemblé en panneaux. La pose d’une charpente est une étape importante dans la construction d’un bâtiment. Le bois possède trois vies. La première est quand il pousse en forêt: il respire et entretient le sol. La deuxième est quand il est utilisé dans la fabrication de constructions en bois. Là il travaille. Pour finir, c’est lorsqu’il est utilisé comme bois de chauffage, il réchauffe», confie l’architecte Marc Collomb.
«Les exigences spécifiques de l’opération, comme la traçabilité intégrale de la matière première, impliquent une filière atypique et induisent des coûts supplémentaires à hauteur de 70’000 francs environ (8% du budget de la charpente) que les crédits alloués à l’ouvrage ne peuvent plus absorber.»
La Fédération vaudoise des entrepreneurs prend ce surcoût à sa charge. «Il sera frappé sur la charpente une marque indiquant que celle-ci a été fabriquée à l’aide de bois vaudois», ajoute Pascal Broulis.

Le Parlement lié par la construction à la cathédrale de Lausanne
Le député et charpentier industriel Pierre Volet, un des initiateurs du «groupe bois», mentionne que son arrière-grand-père, tailleur de pierre, avait réalisé les sculptures du porche de la cathédrale de Lausanne (voir encadré). «Je suis fier de réaliser le toit du Parlement avec le conseiller d’Etat Pascal Broulis. Il y aura 2000 m³ de bois abattu pour atteindre les 1000 m³ nécessaires pour réaliser le toit. 500 m³ de bois seront au final sur le bâtiment.»
Pascal Broulis reçoit un crayon à papier entièrement élaboré avec du bois suisse avant d’être choisi par le garde forestier, Marc Rod, pour aller marteler l’arbre.

Un martelage en règle
L’assemblée retenait son souffle lors de l’abattage manuel de l’arbre, car celui-ci surplombait la rangée de voitures des invités. «Nous n’avons pas choisi cet arbre pour que vous craigniez pour vos voitures mais parce qu’il est situé dans une zone “jeune”. Il n’existe pas de forêt primaire (aussi appelée forêt vierge) en Suisse, ce qui veut dire que les forêts sont toutes exploitées ou fragmentées par l’homme. Il a été réintroduit ici du pin de Douglas, qui était présent à l’ère glaciaire mais qui avait disparu.»
Le bûcheron accomplit son travail avec précision et Daniel Ruch finit d’abattre à l’aide d’une masse l’arbre centenaire qui s’écroule avec fracas dans la direction voulue. Un travail propre. Alors que le bûcheron continue d’élaguer l’arbre abattu, nous avons droit à une démonstration d’abattage mécanique pour le deuxième arbre. La démonstration est impressionnante. La machine forestière, appelée aussi «abatteuse-ébrancheuse-billonneuse», pilotée par un bûcheron qui a suivi une formation de plus de 6 mois pour la dompter, attrape l’arbre désigné (par une marque faite à l’aide d’un spray orange) à sa base avec sa tête reliée à un bras mécanique. Une scie présente sur la tête équivalente à la lame d’une tronçonneuse va trancher l’arbre pendant que 4 couteaux courbes serrent bien l’arbre. De plus, deux rouleaux maintiennent l’arbre et vont déplacer son tronc afin que les couteaux coupent les branches. Une nouvelle démonstration impressionnante.
Ces deux arbres sont les premiers piliers d’une charpente vaudoise qui abritera les députés. La pause de la charpente est prévue vers la fin de l’année et le bâtiment sera inauguré au printemps 2017.