Coronavirus – La médecine de proximité s’adapte

Etre confiné ne veut pas dire renoncer à sa santé, il faut continuer à se soigner

Thomas Cramatte | Bouleversé depuis l’arrivée du virus, le monde médical s’adapte aux restrictions données par le Conseil fédéral. Les médecins généralistes sont les premiers acteurs dans la lutte contre ce nouvel intrus. Ce sont eux qui conseillent et décident si les patients, présentant des symptômes, doivent être examinés. La situation actuelle suggère que les consultations courantes soient reportées, le gouvernement met l’accent sur tout ce qui se reporte au coronavirus. Les médecins généralistes et leurs assistants sont parfois convertis en téléphonistes. Cependant, le président de la Société vaudoise de médecine rappelle que d’être confiné ne veut pas dire renoncer à sa santé, il faut continuer à se soigner. Dès lors, comment les médecins du district Lavaux-Oron s’organisent-ils pour travailler avec cette nouvelle maladie sans négliger les autres pathologies?

Adaptation du métier

Pour endiguer la maladie, les praticiens doivent s’adapter et modifier leur manière de travailler. L’office fédéral de la santé publique (OFSP) a erigé une série de mesures à transposer dans tous les organismes médicaux. Ainsi, la majeure partie des consultations se font par téléphone. Recommandée par la Confédération, cette pratique a considérablement changé la façon d’exercer la médecine générale. Le but est de réduire au maximum les déplacements et éviter tous risques de contracter la maladie en venant chez son médecin traitant. «Aucun de nos patients n’a dit vouloir annuler son rendez-vous par peur de contracter le virus au cabinet. Leur intention était plutôt de nous décharger», déclare le docteur Stéphane Henninger basé à Cully. En temps normal, la télémédecine ne représente que 5% des consultations, mais au cours des quinze premiers jours du semi-confinement, cette proportion a été multipliée par dix. Aujourd’hui, 50% des consultations se font par téléphone. Si elles sont en général moins longues que les consultations présentielles, elles permettent de trier les patients présentant des symptômes au coronavirus afin d’établir un examen ou un auto-isolement. La procédure implique également un suivi régulier des patients ayant contracté la maladie et considérés comme à risque. «Par conséquent, nous suivons beaucoup de nos patients par téléphone. Ne serait-ce que pour prendre de leurs nouvelles ou pour qu’ils se sentent moins isolés», annonce le docteur Henninger. Pour réduire encore les risques de propagation, l’équipement des praticiens est renforcé. Tout le personnel soignant doit être muni d’un masque, d’une surblouse et de gants en cas d’examen du Covid. Un marquage au sol à l’image de ceux présents dans les commerces permet de respecter les distances. Certains cabinets comme celui du Dr Marc Polikowski à Oron-la-Ville s’est même doté de panneaux «mode d’emploi» pour le port du masque. Pour limiter les contacts, le flux des patients est différent qu’en temps normal. «Nous avons aussi modifié le flux des patients pour éviter au maximum les risques de contamination. Par exemple: le matin, les consultations sont réservées aux patients ne présentant pas de symptômes, tandis que l’après-midi est consacré aux personnes potentiellement infectées», évoque le Docteur Polikowski. Le risque de contamination en allant chez son médecin traitant est proportionnellement moins élevé qu’en allant faire ses courses.

Les tests dans tout ça

Lors de l’arrivée de la maladie, les médecins généralistes étaient rationnés à cinq tests de dépistage par jour. Etant donné qu’ils n’en faisaient pas autant par jour, la plupart des cabinets en possèdent encore. Ces tests peuvent être prescrits dans des cas bien précis. Grâce à leur utilisation, les statistiques nationales démontrent que seulement 13% des personnes testées sont positives. «A l’image de la Corée du Sud qui est le premier pays à enrayer le virus grâce à un service de dépistage en masse, on voit que la tendance est d’aller dans ce sens», conclut le médecin de Cully. Une nouvelle plutôt positive démontre que la courbe d’infection se stabilise en Suisse et n’est donc plus exponentielle. Une information à prendre avec précaution, car il ne faut pas relâcher la prudence avec le printemps qui frappe à la porte des citoyens. 

Il n’y a pas que le coronavirus

«Confrontés dans un premier temps à une restrictive limitant leurs activités aux seules urgences, les généralistes doivent désormais maintenir une médecine de premier recours», rappelle le président de la société vaudoise de médecine (SVM), le docteur Eggimann. Entretenir une médecine générale et spécialisée est jugée nécessaire pour la SVM pour deux raisons: la première, d’ordre sanitaire, pour éviter que des malades non pris en charge ne voient leur état s’aggraver et nécessiter une hospitalisation au plus mauvais moment. La deuxième, d’un point de vue économique, pour éviter un risque de faillite de certains cabinets médicaux. Les salles d’attente quasi désertes ne permettent plus de payer les coûts fixes. Pour conclure, on peut se rendre sans risque chez son médecin. Malgré le fait que les contrôles médicaux soient espacés et que seuls les cas les plus importants soient admis, il est important d’appeler son médecin traitant lorsque l’on en ressent le besoin.