Cinéma – Love me Tender de Anna Cazenave Cambet

Adapté de l’œuvre éponyme de Constance Debré, le deuxième long-métrage de Anna Cazenave Cambet raconte la vie d’une femme lesbienne dont l’ex-mari tente de retirer la garde de leur fils. Présenté à Cannes dans la compétition « Un certain regard », le film témoigne de la violence d’une situation insoluble.
La lutte d’une mère
Clémence (Vicky Krieps) a eu un ami, et un enfant avec lui. Ils ont cessé de s’aimer, se sont séparés. Trois ans plus tard, Clémence a des histoires d’amour avec des filles et le lui confie. Il sourit, et puis tout bascule : le père convainc son fils de ne plus voir sa mère, la traîne en justice pour lui retirer la garde. S’ensuivent deux ans de lutte pour cette mère sans cesse au bord de l’implosion. Vicky Krieps incarne un personnage
profondément singulier qui refuse un bon nombre d’étiquettes féminines.
L’injustice au visage
Comment construire sa vie alors qu’une profonde injustice la ronge ? Dans l’attente de revoir son fils que son père manipule, Clémence ne perd jamais la face. Par un scénario qui fait s’alterner les rencontres et les séparations, le film révèle l’itinéraire d’une femme qui tente de faire son deuil d’un fils encore vivant. Clémence déménage beaucoup, vit des histoires d’amour et tente de se construire une vie heureuse hors de ce drame. Vicky Krieps incarne singulièrement cette femme que l’injustice semble sans cesse frapper au visage. De langue maternelle allemande, ses lignes de dialogue se posent comme en apesanteur dans le film. L’accent léger donne le sentiment qu’elle a des racines ailleurs. Prise dans le tumulte de
la justice française, l’intrigue rappelle le sentiment que laissait « Anatomie d’une chute » de Justine Triet il y a quelques années.
Une œuvre littéraire en création
Outre la lutte active de cette femme filmée d’un espace à l’autre, le film fait en sous-texte le récit d’une homophobie tenace. Sans traiter le problème trop frontalement, Anna Cazenave Cambet choisit de portraiturer les retombées de la discrimination sur le visage de Vicky Krieps avec lequel on finit par faire corps. Ce faisant, « Love me Tender » raconte avec force l’impact sur un individu d’une question foncièrement politique. En écho à ce propos, la voix-over de Clémence, témoigne de son vécu de l’intérieur. En écrivaine, elle théorise ainsi sur son rôle de mère tout en s’adressant parfois directement à son fils. En filigrane de cette histoire qui ne se résout pas, le film donne ainsi accès à l’idée d’une œuvre littéraire en création, qui restera la seule forme possible d’achèvement dans ce contexte d’injustice inextricable. Si cette mère n’est pas entendue de la justice, elle le sera au moins par ses lecteurs·ices.




