Cinéma – Kaamelott. Premier Volet (Alexandre Astier, 2021)

Petit écran deviendra grand

Charlyne Genoud | Dix ans se sont écoulés depuis le dernier épisode de la série Kaamelott. Ce temps, qui a permis au réalisateur d’écrire « et de s’écrire semble-t-il », est respecté au sein du récit, faisant du phénomène une histoire en elle-même. L’histoire d’une idée d’actualisation de légendes fondatrices de tout un imaginaire collectif. Une histoire à voir au cinéma d’Oron.

Un homme de qualités

Depuis 2003 avec le court-métrage Dies Irae, Alexandre Astier est au centre d’un phénomène presque aussi légendaire que l’histoire de laquelle il s’inspire, celle de la geste arthurienne. A la fois interprète, scénariste réalisateur et compositeur, Astier avoue en entretien être un touche à tout. Un roi fictif, un réel; Alexandre, roi des grands écrans cet été, interprète dans Kaamelott. Premier Volet Arthur le roi de Bretagne, aux côtés de son père (Lionnel Astier) notamment, et de la flopée de célèbres acteurs français qui l’accompagnent depuis 2005 dans l’aventure Kaamelott. Mais la carrière du grand rigolo né en septante-quatre ne s’arrête pas à une légende, puisqu’il a aussi co-réalisé avec Louis Clichy le film d’animation Asterix : le domaine des dieux en 2014, et joué et composé pour de nombreuses autres œuvres.

Bras cassés

Au Ve siècle en Bretagne, Lancelot du Lac roi est aux trousses de son rival Arthur. Dix ans auparavant, l’élu s’est en effet retiré de la forteresse de Kaamelott pour Rome, la ville dans laquelle il a été formé. Le détenteur du pouvoir saigne ainsi son royaume clivé entre la résistance et la collaboration pour payer des mercenaires saxons. Retrouvé par un chasseur de primes, Arthur est ramené au cœur du royaume. Tout commence ainsi avec un Guillaume Galienne bien loin de ses garçons à table, et même de la table ronde puisqu’il est sur la mer Rouge. Il interprète Alzagar, chasseur de primes à la recherche d’un bijou précieux. La belle équipe de bras cassés dont il fait partie se met en quête d’un esclave aux poignets balafrés; c’est Arthur qu’ils trouvent. En montage alterné, le long-métrage révèle la situation risquée dans laquelle se trouve la terre sacrée de Logres.

Jeux de mots

Dans la bouche des personnages, des mots et des problématiques d’aujourd’hui qui font perdre à ces personnages de légende leur aura sinon inaltérable. Un geste créateur qui permet à tous de s’approprier une époque lointaine. Cette translation de lexique, qui est le signe distinctif de cette série, introduit en même temps une conscientisation du langage. Ainsi Kaamelott joue doublement sur les mots en permanence, par son anachronisme et par ses jeux de mots à proprement parler. Un personnage explique des expressions courantes : « au bout du rouleau c’est pas vraiment le bout d’un grand rouleau ». Cette conscience du mot vient de celui qui les écrit : « Je ne peux pas imaginer une réplique qui ne serve qu’à informer ! » avoue Astier en entretien. Un ingrédient langagier qui semble fonctionner, puisque l’adhésion à Kaamelott semble passer majoritairement par un attrait pour ses répliques cultes. En voici un nouveau stock en cent-vingt minutes de rigolade, ou peut-être cent, en comptant les flashbacks du roi Arthur qui tentent sans doute d’apporter une profondeur au personnage. En entretien, Astier avoue en effet que son spectateur, il ne cherche pas « qu’à le faire marrer ». La geste arthurienne, comme toute histoire de cette époque, ne peut être définie rigoureusement tant les versions varient et tant les copistes modifient. Alexandre Astier, d’une certaine manière, s’illustre ainsi comme eux, en réécrivant l’histoire à sa guise, et pour le bon plaisir de sa horde de fans.

« Kaamelott - Premier volet » d’Alexandre Astier – A voir au cinéma d’Oron