Cinéma – « On dirait le Sud », de Vincent Pluss
Disponible en VOD pour soutenir le cinéma d’Oron. On dirait le sud arrive dans nos demeures pour rappeler ce que cinéma suisse veut dire.

Un OVNI de 2002
Charlyne Genoud | En 2002 débarquait sur les grands écrans une sorte d’OVNI au sein du cinéma suisse. Au milieu des débats sur le soutien de la culture par l’OFC qui agitait – et agite! – le paysage d’alors, « On dirait le Sud » apparut à certains égards comme une prise de position, puisqu’il résultait d’un refus de financement. A la suite de ce dernier, Vincent Pluss, Laurent Toplitsch et Stéphane Mitchell se lancèrent dans un projet laborieux: tourner un film en un week-end, sans financement, avec des acteurs improvisant. Ne pas se conformer, se lancer dans l’aventure, de ces décisions osées découle une récompense, celle du Prix du cinéma suisse aux journées de Soleure de 2003, qui voulait « primer l’audace et une forme différente de cinéma ». « On dirait le Sud » a donc été une bouffée d’air frais à sa sortie, et l’est encore deux décennies plus tard.
Frénétique entrée
Traités comme des fonctions combinatoires, les personnages de « On dirait le Sud » ébranlent le climat paisible du Sud de la France par leur déséquilibre. Il y a une situation initiale: une famille décomposée, une mère qui tente de reconstruire un environnement stable pour ses enfants, avec un homme cohérent et de ce fait aux antipodes de son ancien compagnon. Le film commence dans la frénésie de l’arrivée de Jean-Louis qui projette de récupérer sa vie de famille. Le rythme effréné des prises de vues en caméra portée vient accompagner celle du personnage, à la manière des films de Dogme95. On verrait presque apparaître des points d’interrogation au-dessus de leurs têtes lorsque Jean-Louis s’introduit dans la petite maison du Sud qu’occupent son ex-femme et ses enfants. Ce décor sinueux et étriqué accompagne savamment des entrées et sorties chaotiques, comme catalysant les pulsions des
personnages.
Tohu-bohu désarmant
Jean-Louis est infantile, colérique, dans une nervosité qui rappelle une phase maniaque. La colère dangereuse, qui se camoufle derrière des mouvements trop rapides, le fait forcer les portes et les accès qui lui sont restreints. Cette frénésie d’ego blessé désarme les personnages qu’il envahit dans un premier temps. Céline (son ex-femme) observe de ses grands yeux le désordre qu’inaugure son ancien ami, semblant hésitante face à son bouillonnement. Son comportement enfantin empêche ses enfants de l’être, un élément du scénario qui se verra contrecarré par une scène folle. Et en périphérie de cette histoire de famille, l’ami de deux semaines qui accompagne Jean-Louis dans sa débâcle sans avoir été mis au courant est un personnage insaisissable par ses actes divergents, qui fait planer sur le drame une ambigüité permanente qui rappelle le regard extérieur qu’à le spectateur sur cette famille troublée.
Caméra ping-pong
Les différentes pulsions des personnages se manifestent par des interactions parfois subtilement violentes, créant une sorte de cartographie des liens qui les unissent. En même temps, une cohésion de groupe les lie dans leurs échanges de rires gênés, révélant la complexité des places occupées dans une famille décomposée puis recomposée. La caméra portée qui filme presque violemment les personnages perdus, ces « adultes pas finis » semble suivre le ping-pong des rapports humains conflictuels. Et face à l’instabilité des assises, les rictus parlent, jusqu’à ce que les échanges symboliques deviennent verbalisés. « Elle est où ma place, là ? ». A mots couverts, la scène s’est déjà produite.
« On dirait le Sud », de Vincent Pluss (2002, 66’). A voir depuis le site du cinéma d’Oron.

qui n’inclut pas Jean-Louis


