Christian Gilliéron ou l’artisan d’En Face

Portrait

Christian et Océane de l’Atelier En Face

Thomas Cramatte | Il restaure les objets du quotidien et leur offre une seconde jeunesse. Installé voilà maintenant plus de 33 ans au centre de la commune de Jorat-Mézières, ce tapissier-décorateur a façonné un nombre incalculable de meubles. Entre fauteuils et canapés, machines à coudre et ciseaux à bois, Christian Gilliéron nous a ouvert les portes de sa boutique le temps d’une visite. Un rendez-vous coloré qui a permis d’en apprendre davantage sur les perspectives étonnantes de ce métier d’art.

Prémices du métier

Très tôt, les hommes ont voulu améliorer leur environnement. Qu’il s’agisse du confort ou pour embellir les lieux de vie, la recherche d’une décoration utile et belle apparaît déjà à l’antiquité. Des peintures de l’Egypte ancienne (3000 ans avant JC) renferment déjà des représentations d’un métier à tisser. Il faudra attendre le Moyen-Âge avant de revoir des tentures embellissant les murs des châteaux. Les chevaliers, de retour des croisades, popularisent la tapisserie comme élément de décor et de fête. Depuis ses débuts, la tapisserie possède plusieurs utilités, de l’habillage de certains meubles à l’isolation thermique des bâtiments. A partir du milieu du XIVe siècle, on constate un étonnant développement de cette pratique ornementale en Europe. Si les tapis restent un savoir-faire oriental, la tapisserie devient, quant à elle, une technique occidentale. Aujourd’hui, le métier de tapissier-décorateur est l’héritage des artisans du Moyen-Âge.  

Boutique « En Face »

L’atelier de Christian Gilliéron recèle de couleurs et de tissus en tous genres. Considéré comme la caverne d’Ali Baba par certains, on y retrouve suffisamment de matière pour rénover le plus gros des fauteuils. Ici, même les murs sont de véritables œuvres d’art. Ciseaux à bois, marteaux, tissus, échantillons et autres instruments propres à ce métier ornent les quatre coins du lieu. Baptisée « En Face », la boutique cache derrière son nom une histoire amusante que nous explique Christian Gilliéron : « Il y a quelques années, ma boutique se situait de l’autre côté de la route. Contraint de déménager, de nombreux clients s’interrogeaient sur le futur emplacement de mon atelier. A force de répéter que j’allais juste en face, j’ai décidé d’attribuer ce nom à mon nouveau magasin », rigole l’artisan tout en recouvrant de tissu un fauteuil en rénovation. Ce passionné est tombé sous le charme de ce métier traditionnel depuis l’adolescence. Alors qu’il n’a que 17 ans, Christian Gilliéron trouve sa voie et suit un apprentissage de tapissier-décorateur en 1978. Après quelques années en tant qu’ouvrier, il décide de faire le grand saut en louant ses services d’indépendant avant d’ouvrir un premier magasin en 1987. 

Christian Gilliéron exécute le recouvrement d’un fauteuil
La caisse à outils du tapissier-décorateur
Océane Jordan épinglant un ourlet

Relève assurée

En cette fin d’année scolaire, nous rencontrons l’apprentie de Christian, Océane Jordan. Fraîchement diplômée d’un certificat fédéral de capacité de décoratrice d’intérieur, elle a suivi une formation de quatre ans mélangeant travail pratique et théorique. Comme dans de nombreux métiers d’artisanat, les apprentis se font de plus en plus rares. « J’étais la seule en classe pendant tout le premier semestre de cette année », raconte en souriant la jeune diplômée. Pour ces deux passionnés, l’évolution des matériaux permet d’élargir leur rayon d’action. En plus de la restauration de meubles, ils confectionnent rideaux, stores, moustiquaires, parquet, moquette, etc. « On observe une prise de conscience de plus en plus forte pour la rénovation. Plutôt que de changer et d’impacter le climat, les clients favorisent la remise à neuf de leur mobilier. D’autant plus lorsqu’un fauteuil au design ancien peut être métamorphosé en pièce contemporaine », commente Christian Gilliéron.

Comité AVMA, Marc Froger, Silke Droessaert et Christian Gilliéron

Partage du métier

Fort de son attachement aux belles choses, l’artisan se doit d’observer un sens aigu de l’esthétisme et un bon contact avec la clientèle. Membre de l’Association vaudoise des métiers d’art (AVMA), Christian Gilliéron aime faire découvrir son métier au grand public lors d’expositions. « L’AVMA est bénéfique pour les artisans. Car en plus de créer un réseau de complémentarité entre eux, elle permet de mettre en avant notre savoir-faire devant un large public », conclut l’artisan du Jorat. Dans le cadre de l’AVMA, Christian et Océane seront présents les 27-28-29 novembre à la Cave de Couvaloup, à Morges. Une manifestation regroupant de nombreux artisans qui était initialement prévue ce printemps.

Source : Wikipédia, Camip.info.