Bourg-en-Lavaux – Déchets verts : une taxe qui ne fait toujours pas l’unanimité
A moins d’un mois de la votation du 29 novembre, partisans et opposants à l’initiative « Deux taxes déchets simples et équitables » ont confronté leurs arguments à Cully. Devant une quarantaine de personnes, les questions financières et juridiques ont parfois pris le dessus sur les préoccupations des jardiniers.

«Pourquoi nous avons fait cette initiative ? Parce que ça ne joue pas ! » Pascal Vionnet donne le ton. Après une pétition et une initiative populaire ayant récolté respectivement plus de 850 et 849 signatures valables, la vignette sur les déchets verts continue de faire parler d’elle. Réunis à Cully pour un débat public animé par Fabian Rousseau, correspondant au Courrier Lavaux-Oron, les trois initiants ont retrouvé face à eux le vice-syndic Jean-Yves Cavin et le conseiller communal Jérémy Berthet. Au menu de cette première soirée, avant un second débat organisé le lendemain à Grandvaux : des taxes, des chiffres et quelques divergences sur la notion d’équité.
Une taxe, deux lectures des comptes
Depuis 2023, les habitants paient une taxe de base de 90 francs par personne, complétée par 10 francs pour les déchets verts. A cela s’ajoute une vignette annuelle, dont le prix dépend de la taille du conteneur utilisé. Une manière de respecter le principe du bénéficiaire-payeur, défend Jérémy Berthet : « Le coût de la gestion des déchets doit entièrement être porté par celles et ceux qui en bénéficient ». Le conseiller communal rappelle également qu’au moins 40 % du financement doit provenir de taxes proportionnelles à la quantité de déchets produits.
Du côté des initiants, Pascal Vionnet sort alors ses chiffres. Selon lui, les recettes proportionnelles atteignaient déjà 45 % en 2025, sans compter les vignettes. Il pointe du doigt également près de 100’000 francs d’excédents cumulés depuis l’introduction du règlement. Jean-Yves Cavin détaille que les sommes excédentaires alimentent un fonds exclusivement réservé à la gestion des déchets, destiné à compenser d’éventuels déficits. « La commune n’a pas le droit de faire du bénéfice avec la gestion des déchets », insiste le municipal en charge des finances.
Une taxe simple, un règlement compliqué ?
L’initiative propose de remplacer la vignette par une taxe forfaitaire de 20 francs par propriétaire de parcelle construite, avec un plafond réglementaire de 30 francs. Pour Véronique Addor, la démarche relève avant tout du pragmatisme. « Le camion passe déjà devant les habitations et les quantités de déchets verts varient selon les saisons. Pourquoi encourager les habitants à prendre leur voiture pour rejoindre une déchetterie ? On n’est pas du tout parti d’une approche technocratique », résume l’initiatrice, qui défend un système plus souple et moins coûteux pour l’administration communale.
Mais la rédaction du texte pose problème à la Municipalité. L’exemption prévue pour les parcelles de vigne laisse notamment plusieurs questions sans réponse. Qu’en est-il d’une maison entourée de vignes, d’une parcelle comprenant quelques ceps ou d’un propriétaire possédant plusieurs biens ? Et pourquoi exonérer les parcelles viticoles, mais pas les parcelles forestières ou agricoles ? Jean-Yves Cavin dénonce une inégalité de traitement. En cas d’acceptation, la Municipalité devra interpréter ces éléments, au risque de voir certains propriétaires contester leur taxation par voie de recours. Jérémy Berthet soulève une autre contradiction de l’initiative. Les propriétaires du bourg, sans jardin, devraient eux aussi contribuer à cette nouvelle taxe : « On ne peut pas demander à des gens de payer pour les jardins des autres. »
Des déchets verts dans les sacs blancs ?
Autre sujet de discorde, la suppression d’une disposition interdisant les déchets compostables dans les sacs blancs taxés. Pour les opposants, cette modification pourrait rendre le règlement contradictoire avec l’obligation de valoriser les déchets recyclables. Le comité assure n’avoir jamais voulu encourager cette pratique. « Qui, dans cette salle, va mettre ses déchets verts dans les sacs blancs ? » interroge Pascal Vionnet, invoquant le bon sens citoyen.
Lorsque le micro passe dans la salle, les préoccupations deviennent plus concrètes. Une habitante s’étonne de devoir payer les 10 francs de base en plus de sa vignette. Une autre intervention questionne la proportionnalité du système : pourquoi facturer le ramassage à domicile alors que les déchets verts peuvent être déposés gratuitement à la déchetterie ? Les échanges portent aussi sur le compostage, les volumes des conteneurs et les contraintes rencontrées par les propriétaires de jardins.
Un participant résume finalement la difficulté de se forger une opinion. Faute de tableau comparatif entre les deux systèmes, il regrette de ne pas savoir précisément ce que l’initiative changerait « réellement » pour son porte-monnaie. Jérémy Berthet dit qu’une telle comparaison reste difficile, voire impossible, tant que les modalités d’application ne sont pas définies. Pour les initiants, la disparition de la vignette au profit de 20 francs annuels permettrait pourtant une économie substantielle aux propriétaires qui utilisent régulièrement le ramassage.
Reste la question de l’après-votation. En cas d’acceptation le 29 novembre, la Municipalité devra appliquer le texte, malgré les incertitudes qu’elle relève. Le comité, lui, espère surtout renouer le dialogue avec les autorités, regrettant de ne pas avoir été suffisamment entendu depuis le lancement de sa pétition. Les opposants assurent au contraire avoir étudié les revendications et plusieurs alternatives. Une divergence de plus dans ce dossier qui, depuis trois ans, refuse de finir au compost.


