Balades d’été
Etape 3 : La boucle qui raconte Oron
Cet été, Le Courrier vous emmène marcher aux quatre coins du district. L’occasion de se dégourdir les jambes et de creuser un sujet qui surgit au cours de la balade. Troisième étape : le Grand Tour d’Oron.


Réussir à traverser les onze villages réunis sous la bannière de la commune d’Oron, c’est tout le défi de cette boucle créée pour rassembler ses habitantes et habitants. Très diversifié, l’itinéraire sillonne à travers l’histoire de la région, de l’époque préhistorique à aujourd’hui, d’un menhir aux zones industrielles. Quasi entièrement goudronné – à l’exception du premier tronçon menant à Oron-le-Châtel – le Grand Tour pourrait se réaliser à vélo musculaire ou électrique. Petit bémol, contrairement aux autres itinéraires balisés par des losanges, flèches et panneaux jaunes, ce tracé n’est pas spécifiquement indiqué. Pensez donc à bien vous munir de la carte papier ou à enregistrer le tracé sur votre téléphone avant de partir en flashant le code QR ci-contre !

Premier arrêt : Les caloptéryx vierges, ces libellules à ailes noires
Depuis Savigny, la route Saint-Amour est bordée d’un côté par des champs de blé et de l’autre par des arbres offrant un peu d’ombre bienvenue. Au loin, les montagnes fribourgeoises, vaudoises et valaisannes jouent les vedettes… et testent notre mémoire. Celle-ci, c’est le Moléson et celle-là, le Mont-Pèlerin, mais tout derrière, ce ne serait pas le petit Muveran ? Heureusement, le Panorama de Saint-Amour, dessiné à la main et judicieusement placé, vient à la rescousse des promeneurs.

Deuxième arrêt : le château d’Oron
Le sentier forestier débouche non loin des rails de trains qu’il faut traverser pour rejoindre Chesalles-sur-Oron et son refuge, d’où la vue sur le château n’a probablement pas tant changé depuis la construction de l’édifice au XIIe siècle. La bâtisse passe de la famille Oron aux Comtes de Gruyère, qui, ruinés, doivent la céder à Berne en 1555. Des baillis s’y succèdent jusqu’en 1798, lorsque la révolution vaudoise met fin à l’occupation. En huit cents ans, le château a toujours été habité, il n’a jamais brûlé ni été attaqué. Même les révolutionnaires vaudois n’ont abîmé à coups de marteau que les armoiries bernoises dans la cour. Depuis 1936, l’édifice appartient à l’Association pour la conservation du Château d’Oron qui en prend soin au quotidien.

Troisième arrêt : la Pierre Blanche
Depuis le refuge, un petit détour sur le chemin de la Pierre Blanche mène à un gros rocher, posé là au milieu des bois, tel un intrus, qui depuis le temps a pu se fondre dans le paysage. Cette grosse pierre, aujourd’hui couverte de mousse, fait partie des blocs erratiques, des roche d’origine alpine, qui, lors de la dernière
glaciation, ont voyagé « sur le dos » du glacier du Rhône qui recouvrait la région. Jusqu’à ce que celui-ci se retire et dépose ses bagages. Ici, au milieu de ce qui est, depuis, devenu les bois de l’Erberey.

Quatrième arrêt : Marche romande Général Guisan
Tout au long de cet itinéraire (et des deux précédents), des petits panneaux indiquent l’existence d’une Marche romande du Général Guisan. Organisée annuellement par la société de sous-officiers de Lausanne, l’événement qui rend hommage à Henri Guisan se déroule entre Mézières, qui a vu naître le général, et Oron – précisément Chesalles-sur-Oron, où il y a exploité un domaine agricole.

Cinquième arrêt : la route cantonale et le château de La Dausaz
Si une grande partie de l’itinéraire serpente à travers forêts, villages et champs de culture, le Grand Tour d’Oron longe aussi à trois reprises des routes fréquentées sans qu’il n’y ait de sentier aménagé. C’est, une première fois, le cas à la sortie d’Oron-le-Châtel, où il faut emprunter la route de Romont jusqu’au chemin de la Corbaz. La seconde fois, qui est aussi la plus longue, se situe entre l’arrêt de bus « collège » du village Les Tavernes jusqu’au chemin de la Planche de l’Epine, sur la route de Forel. S’il permet au passage d’admirer le château de La Dausaz, avec sa tour carrée et sa grande cour, il reste dangereux au vu de la vitesse des véhicules. Le dernier bout moins agréable borde la route de Lausanne depuis Crépillaux jusqu’à Châtillens, où un trottoir nous accueille à mi-chemin.

Sixième arrêt : le menhir du dos à l’âne
Voilà un autre bloc erratique qui, après avoir voyagé sur la glace, a connu une tout autre destinée. Surnommée « la Pierre du dos à l’âne », cette pierre a été taillée et dressée en menhir à l’époque néolithique ou au tout début de l’âge du Bronze, entre 4500 et 1500 ans avant JC. C’est le plus grand spécimen du genre retrouvé en Suisse. On ne connaît pas sa fonction ni son origine, mais il devait probablement faire partie d’une « bande » d’autres menhirs disposés en lignes ou en cercles. Depuis le XIXe siècle au moins, il marque la frontière entre la vaudoise Essertes et sa voisine fribourgeoise Auboranges. Enfoui à demi dans la terre pendant des générations, il a été redressé à cet emplacement le 30 mars 1996.

Septième arrêt : le grenier de Vuibroye
Le grenier de Vuibroye raconte lui aussi un petit bout de l’histoire de la commune. Ancien grenier à grains d’importance patrimoniale régionale, il daterait de 1737. Destiné à mettre les récoltes à l’abri, il était volontairement construit à l’écart des habitations, pour protéger le contenu des risques d’incendie, de l’humidité et des rongeurs. Treize ans ont été nécessaires à la commune pour le démonter, le restaurer et le reconstruire, au centre du village, juste à côté du four à pain. L’inauguration a eu lieu en 2024.
Les dessous du Grand Tour d’Oron
Depuis 2014, la commune d’Oron mise sur un outil simple, mais efficace pour rapprocher ses habitants : la marche. Le projet a débuté avec la « Balade des onze comme une », ces sorties conviviales et thématiques à travers les villages, avant de donner naissance à une grande randonnée fédératrice, le Grand Tour d’Oron. Trois questions au syndic d’Oron, Olivier Sonnay.
Le Grand Tour a été inauguré en 2018. Quels étaient les objectifs à ce moment-là ?
L’objectif était de renforcer le sentiment d’appartenance à une seule et même commune, en faisant découvrir les différents endroits qui la composent : on ne connaît parfois pas des lieux situés juste à côté de chez soi. Il y a aussi bien sûr l’idée de développer un tourisme local, ancré dans la région. A ce moment-là, l’itinéraire, qui traversait dix villages, a été étendu à Essertes, après sa fusion en 2022.
Concrètement, comment crée-t-on une randonnée ?
On a d’abord établi un petit catalogue des circuits pédestres existants, puis on s’est attelé à les relier en discutant aussi avec des propriétaires de terrains privés. Une fois le tracé créé, il y a tout un travail d’entretien qui est réalisé par le service de la voirie pour que celui-ci soit accessible par tout le monde toute l’année. Il faut notamment s’assurer que les branches ne gênent pas le passage, que l’exploitation forestière ne bloque pas les chemins, etc. Ce n’est pas qu’on lance les itinéraires et puis basta, il y a tout un travail en arrière-plan.
Vous dites « les itinéraires », il y en a plusieurs ?
Oui, outre le tour qui relie tous les villages, le projet propose aussi plusieurs variantes de distances plus ou moins longues. Toutes sont détaillées dans une brochure disponible sur le site de la commune ou en version papier dans les locaux administratifs.



