Balades d’été – 5
Etape 5 : Lorsque le Léman se dévoile petit à petit


Cet été, Le Courrier vous emmène marcher aux quatre coins du district. L’occasion de se dégourdir les jambes et de creuser un sujet qui surgit au cours de la balade. Cinquième étape : de Puidoux à Pully.
L’itinéraire menant de Puidoux à Pully traverse le bas du district à travers champs et forêts. En vedette silencieuse, le Léman se dévoile au détour d’un virage, puis dans toute sa splendeur une fois arrivé à destination. N’oubliez pas votre maillot !
Premier arrêt : Le Plateau de Gavot
En partant de la gare de Puidoux, le tracé commence par monter à travers une petite forêt, avant de retrouver une route goudronnée qui serpente entre les champs. Non loin de Montchervet, l’horizon s’ouvre sur le Léman, côté suisse et français. On y distingue notamment Evian-les-Bains et le Plateau de Gavot qui constitue l’impluvium, c’est-à-dire le site naturel de captage et de purification de l’eau de pluie et des neiges, à l’origine de la célèbre eau minérale.

Deuxième arrêt : Le petit marché à la ferme
Légumes, œufs, miel, moutarde : avant de vous lancer sur le
chemin du Saugey, un petit cabanon, tenu par la ferme Bigler, une centaine de mètres plus loin, propose un éventail de victuailles en self-service. L’occasion de vous faire plaisir avec des biscuits faits maison ou de ramener un petit souvenir de votre promenade. L’itinéraire contourne la Tour de Gourze par l’intérieur des terres, mais un détour d’une petite heure (aller-retour) pourrait vous y mener, pour autant que le sentier ne soit pas fermé.
Troisième arrêt : Belmont-sur-Lausanne
Fondée au XIIe siècle, l’église de Belmont dédiée à Saint-Martin est classée monument historique. Reconstruite en 1595 dans un style gothique, elle conserve une porte en arc brisé. Au passage, ne manquez pas d’admirer la fontaine couverte, en grès rouge d’Alsace, construite en 1914, et les armoiries communales. Les couleurs rappellent celles de la seigneurie de Lausanne, dont Belmont faisait autrefois partie ; les trois coupeaux d’or (ndlr : élévation de terrain) évoquent le nom de la localité ; quant aux trois hannetons ou cancoires placés au sommet, ils font référence au surnom des habitantes et habitants, qui remonte au XVIIIe siècle.


Quatrième arrêt : Les autres balades possibles
Envie de revenir pour (re) découvrir l’est lausannois ? Neuf balades permettent de traverser Lutry, Belmont, Pully et Paudex. Des panneaux indicateurs et des autocollants balisent les itinéraires. Au menu : un tracé qui longe le lac, un autre qui suit les traces du renard, ou encore une balade au fil de la Paudèze. Intitulé « Tous à l’est », le guide est disponible en ligne.
Cinquième arrêt : Le canapé forestier
Plusieurs sentiers didactiques traversent les forêts de Pully, qui abritent également un canapé forestier géré par l’Association Vert-de-Terre. Les canapés forestiers sont des structures composées de branches empilées entre des pieux, formant un banc circulaire en forêt. Nés du mouvement de l’école en plein air qui s’est développé en Suisse et en Allemagne dans les années 1970-1980, ils offrent un espace de rassemblement et d’apprentissage en nature pour les classes, les familles et les promeneurs.

Sixième arrêt : La vue sur le Léman
En sortant des bois, le Léman guide la fin de cet itinéraire. Une fois passé par-dessus les rails du train, le tracé passe par l’avenue du Prieuré. Entre lac et ceps de vignes, la vue panoramique depuis l’esplanade du Prieuré, ancien domaine viticole, est probablement l’une des plus belles du canton. Elle fait par ailleurs parfaitement le lien entre cette balade et la prochaine qui « glissera » tout en douceur, le long du vignoble en terrasses classé à l’Unesco.

La création du Léman
Il y a des lacs que l’on explique par la géologie, et il y a le Léman. Par les nuits sans lune et lorsque ses rives sont enfouies dans la brume, on raconte que le lac n’a pas toujours été là, que cette immense étendue, aujourd’hui si paisible, est née d’une soif, d’un chagrin, ou peut-être des deux à la fois.
On affirme parfois que ce lac magnifique est né grâce à Gargantua, un géant qui a laissé des traces de son passage partout sur le paysage. En décrottant ses bottes par exemple, il a donné naissance à des buttes, tandis que ses empreintes de pas ont creusé le sol. On raconte même qu’en baignant une fois ses pieds immondes dans le lac d’Omène près du Kaiseregg, il le salit à tel point qu’il fut rebaptisé Lac Noir.
Mais revenons à notre beau Léman. Gargantua, donc, en route pour l’Italie, se serait arrêté au bord du Rhône pour étancher une soif gigantesque. Mais le fleuve était bien trop étroit pour une gorge pareille. Alors, de ses mains, il se mit à creuser la terre encore, et encore, jusqu’à ce que le trou soit assez vaste pour y boire et pour s’y baigner. La terre arrachée au sol, jetée en tas sur la rive gauche du fleuve, aurait formé une montagne toute neuve. Les villageois, voyant ce mont surgir sous leurs yeux, se seraient écriés « Ça lève ! Ça lève ! », donnant le nom de Salève à la montagne des Genevois.
« Ne croyez pas les Genevois, implore Christian Vellas dans son ouvrage Légendes et Histoires du Léman, la vérité est plus ancienne et plus crédible. A mon avis du moins ». La création de ce lac scintillant est dû aux larmes versées par des anges inconsolables. Ces quatre chérubins passaient leurs journées à survoler le Nord des Alpes, jusqu’au jour où Dieu décida de leur confier la surveillance d’autres terres plus au nord. Le cœur brisé de devoir quitté ce paysage idyllique, ils pleurèrent abondamment, créant tour à tour le lac de Nantua, celui du Bourget et celui d’Annecy. « Mais c’est le quatrième ange qui pleura le plus fort. Ses larmes ruisselaient sans arrêt, sans arrêt, tout le temps qu’il se mit à faire ses bagages ». Il pleura tellement
que le filet d’eau du Rhône déborda et engloutit prairies et forêts, donnant naissance au Léman.
Deux vérités qui ne s’excluent pas
La science, elle, raconte une troisième histoire : celle d’un glacier vieux de plusieurs dizaines de milliers d’années, pouvant aller jusqu’à 1000 mètres d’épaisseur, qui recouvrait toute la région et qui a lentement creusé la cuvette du Léman.

Mais cette version-là, aussi juste soit-elle, n’explique pas pourquoi les pêcheurs du lac racontent encore, certains soirs de brume, avoir vu passer une ombre bien trop grande pour être humaine, ou entendu, porté par le vent du large, quelque chose qui ressemble à un sanglot. Et peut-être que les deux légendes racontent simplement ce que le Léman inspire : assez de démesure pour un géant, assez de beauté pour faire pleurer des anges.



