Avenir assuré pour le Théâtre du Jorat
La saison naissante au Théâtre du Jorat s’ouvre sous des auspices favorables qui réjouissent les esprits attentifs aux signes du temps. Quoi de plus symbolique que ce premier mai, jour consacré aux travailleurs, pour annoncer la continuité d’une œuvre artistique patiemment édifiée ? L’Etat de Vaud et la commune de Jorat-Mézières, unis dans une même volonté de préservation culturelle, ont résolu de prolonger leur soutien pour les prochaines quatre années. Certes, les sommes engagées ne sauraient rivaliser avec celles que reçoivent les grandes scènes lausannoises ; toutefois, elles n’en demeurent pas moins essentielles à la survie de cette Grange Sublime, dont l’âme semble vibrer au rythme de ses planches : cinq cent
cinquante mille francs alloués par l’Etat, auxquels s’ajoutent cinquante mille francs par la commune, versés annuellement.
Cette heureuse nouvelle fut proclamée devant une assemblée choisie, où se pressait un aréopage de figures éminentes, peu avant la première représentation de la saison dans le Pavillon nouvellement aménagé, fruit de récents travaux achevés avec un soin remarquable. Christian Ramuz, président du Conseil de fondation, avec ses dix collègues, prit la parole avec une gravité tempérée d’enthousiasme. Il fut suivi par la directrice, Ariane Moret, par le syndic de Jorat-Mézières, Patrick Emery, ainsi que par la conseillère d’Etat Nuria Gorrite, à la tête du Département de la culture, des infra-structures et des ressources humaines. Tous, dans un concert d’éloges, célébrèrent la modernité paradoxale de ce théâtre centenaire, dont les transformations récentes suscitent une admiration sans réserve, tant il constitue un exemple singulier, sinon unique, en Suisse comme en Europe.
La première œuvre offerte au public fut une adaptation de George Dandin ou le Mari confondu, de Molière, présentée dans une version belge audacieuse et délibérément décalée. Cette farce, à la fois tragique et cruelle, déploie sous des dehors fantasques une peinture acérée des travers humains. Le spectateur, à la fois amusé et troublé, assiste à la déchéance d’un riche roturier, imprudemment uni à la fille d’une famille aristocratique de province, ruinée mais ambitieuse, qui s’emploie sans relâche à s’élever en tournant en dérision celui qui lui a offert son nom.
La langue de Molière, d’une finesse exquise et d’une saveur inaltérable, déroute par sa double nature : simple dans son apparence, complexe dans ses ressorts. Par instants, les mécanismes comiques, dont les ficelles frôlent celles du Grand-Guignol, évoquent la naïveté apparente d’un divertissement enfantin ; mais cette illusion se dissipe bientôt pour laisser place à une tonalité plus sombre. Car il s’agit moins ici d’une comédie grinçante que d’une farce tragique, dont l’élan recèle un fond de nihilisme, conférant à ses effets comiques une vigueur presque féroce et une singularité profonde.
Les près de mille spectateurs ont fort apprécié les vingt-cinq comédiens belges et leurs ont fait une ovation hors du commun.




