Au zoo de Servion – Restaurateurs en cage

Depuis plusieurs mois, on tourne en rond entre contradictions et incompréhensions

Malgré la bise et le froid, cette assemblée générale au zoo de Servion a permis aux membres de la section Lavaux-Oron de préciser près d’une vingtaine d’éléments
Laura Rod et Fabrice Hochart se sont prêtés au jeu enfermés derrière le grillage  

Thomas Cramatte | Lors de son habituel rassemblement annuel, la section Lavaux-Oron de GastroVaud a marqué les esprits. En se retrouvant au zoo de Servion, les restaurateurs membres de l’association ont ainsi démontré la situation dans laquelle se trouvent les métiers de la table. «Des jours, j’ai l’impression d’être enfermée en cage. Alors que parfois, les nouvelles sont meilleures et cela me permet de retrouver un peu d’optimisme », explique Laura Rod, présidente de la section Lavaux-Oron de GastroVaud. L’assemblée générale s’est tenue le jeudi 18 mars dans la cour du zoo. Pour l’organisatrice de l’événement, ce lieu n’a pas été choisi par hasard, car au-delà de sa disponibilité et de la possibilité de se rassembler à quinze en extérieur, le parc animalier véhiculait une image forte : « Depuis plusieurs mois, on tourne en rond entre contradictions et incompréhensions. Nos membres ont le sentiment d’être en privation totale de liberté », affirme Gilles Meystre, président de GastroVaud. « Certains animaux sont ici en voie d’extinction, c’est aussi le cas pour les restaurateurs. Le clin d’œil est parfaitement choisi ». Un sens d’humour qui, malgré la situation actuelle, n’a pas empêché quelques éclats de rire durant l’heure de l’assemblée : « Ils sont désespérés, mais ils gardent le sourire caractéristique des métiers de bouche ». Dès la mise en place des restrictions sanitaires, les métiers culinaires sont sans doute ceux qui sont le plus sévèrement touchés. Le Conseil d’Etat vaudois avait par ailleurs dressé un bilan au début du mois traitant des demandes de cas de rigueur. Sur les 4678 requêtes depuis mars 2020, plus de la moitié (56%) émanent du milieu gastronomique, soit 2610 établissements. Il n’est donc pas étonnant que la question des cas de rigueur inquiète les membres présents à l’assemblée générale de la section Lavaux-Oron. Pour Laura Rod comme pour ses 14 confrères, il est bon de rappeler qu’aucun d’entre eux n’a à ce jour touché de l’argent de ces fameuses aides financières. Par conséquent, les charges sociales continuent d’arriver alors que les trésoreries s’amenuisent : « Nous avons reçu les décomptes finaux 2020 cette semaine. Beaucoup de restaurateurs n’ont pas les moyens de payer leurs factures, surtout que les prestataires ne prennent plus la peine d’envoyer des rappels. Cela passe tout de suite par la case sommation », s’offusque Laura Rod. Les représentants du collectif #QUIVAPAYERLADDITION étaient également présents sous les tentes de GatroVaud. Frédérique Beauvois, porte-parole du mouvement, déplore que les restaurateurs en colère n’aient pas d’influence sur les choix de réouverture des établissements. « Nous pouvons seulement changer les choses sur le versement des indemnités. Il faut aujourd’hui régler les aides de l’année passée pour se concentrer sur 2021 afin de sauver les établissements qui étaient viables avant la crise. » Pour elle comme pour tous les restaurateurs présents, les disparités entre cantons romands sont trop importantes. « Dans le canton de Vaud, moins de 20% des indemnités ont été versées ». Les chiffres de Gastrovaud précisent que 75% des restaurateurs ont réalisé une demande d’obtention de cas de rigueur et 25% ont touché l’argent. « On est fatigué de se battre pour des incohérences. Nous ne pouvons plus faire les banques et ne pouvons plus assumer une rentabilité négative ».

Vision future

Le coronavirus était la thématique de cette assemblée générale : « Lorsque l’on empêche de travailler, on indemnise dignement et on dédommage. Mais là, non, il n’y a rien » s’indigne Gilles Meystre. Si les membres de la section Lavaux-Oron gardaient un goût amer pour leur futur proche, une lueur d’espoir persistait quant à une réouverture possible des terrasses le 22 mars. Le lendemain avait lieu en effet la traditionnelle conférence de presse du Conseil fédéral, durant laquelle les autorités devaient se prononcer sur cette éventualité. Il n’en sera cependant rien, car à l’exception des restaurants d’entreprises, des cantines scolaires et des restaurants des hôtels, tous les autres établissements proposant un service de restauration sur place resteront fermés. « Une situation dure, et qui dure », transmet Fabrice Hochart, restaurateur à Palézieux-Gare et fraîchement nominé vice-président de la section Lavaux-Oron de GastroVaud. Pour les services de livraison et de traiteur, la situation n’est pas forcément meilleure : « Nous avons la chance d’avoir les écoles et les garderies. Cela nous permet de continuer à produire et de garder un pied dans le monde professionnel », explique Jérome Bovet, responsable de la Chenille Gourmande à Oron. Même si les services de sa société lui offrent la possibilité de maintenir une activité, le contexte imposé par le coronavirus n’est pas simple. Pour ce nouveau membre de la section Lavaux-Oron de GastroVaud, son affiliation lui permet de rencontrer un certain nombre de confrères et d’apprécier la grande solidarité qui règne au sein des métiers de la bouche. 

« Certains animaux sont ici en voie d’extinction, c’est aussi le cas pour les restaurateurs » affirme Gilles Meystre