Election au Conseil d’Etat
Annonce de Valérie Dittli, des députés réagissent !
Propos recueillis par Fabian Rousseau | Suite à la publication de notre interview de la conseillère d’état Valerie Dittli, quatre députés de notre district réagissent à chaud à ses annonces.

Florence Gross, groupe PLR
Qu’avez-vous pensé de cette annonce ?
Aujourd’hui, on dit beaucoup que le PLR fait du «Dittli-bashing», ce n’est pas mon cas, je me base uniquement sur des faits que j’ai pu vérifier, notamment en tant que vice-présidente de la Commission de surveillance du Grand Conseil. Je vais reprendre quelques éléments de votre article.
Pour commencer, elle dit que l’expérience est acquise. Pourtant, quand on regarde son département, il est aujourd’hui très réduit et, même avec cela, elle peine à faire face. Nous avons des séances de commission sans préparation et, lorsqu’on lui pose des questions, notamment lors du débat sur le budget 2026, elle nous renvoie vers ses chefs de service. Elle ne maîtrise pas suffisamment ses dossiers. Sur le bouclier fiscal, elle affirme avoir tout découvert et avoir essayé de faire changer les choses. Mais la réalité, c’est qu’elle n’a rien découvert, qu’elle n’a rien voulu corriger au contraire, poussée certainement par certains bénéficiaires du bouclier, elle a voulu revenir au système antérieur, celui qui est tant critiqué aujourd’hui car pour certains «cela aurait fait perdre de la manne fiscale».
Parlons maintenant de la classe moyenne. Elle dit vouloir la défendre, comme tout le monde d’ailleurs, mais elle n’explique pas comment. Lorsqu’elle affirme que, durant ce mandat, elle a fait baisser les impôts, ce n’est pas exact. Il s’agissait d’une réponse apportée à une intervention parlementaire de Gross et Jobin qui concernait une baisse de l’impôt sur le revenu, parlementaires de droite issus de l’UDC et du PLR. Elle n’a fait que répondre à une motion renvoyée au Conseil d’Etat. Même chose concernant la viticulture et la motion Neyroud sur les moratoires sur la plantation de vignes: au départ, elle y était opposée. Lorsque celle-ci a été acceptée par le Grand Conseil, elle l’a reprise à son compte. Reprendre à son compte des projets porteurs n’est pas un programme politique.
Sa candidature vous surprend-elle et qu’en pensez-vous?
Je ne suis pas surprise. Cette candidature était préparée et nous l’avons vu depuis longtemps, notamment à travers sa communication et le soutien de personnes du monde des médias qui lui sont proches.
Ce que j’en pense? Lorsqu’une personne est accusée d’avoir menti, qu’elle fait l’objet de deux enquêtes du procureur, que son management a profondément affecté certains de ses collaborateurs et que le canton se retrouve aujourd’hui avec une conseillère d’Etat qui consacre une grande partie de son énergie à gérer ses propres affaires plutôt que ses dossiers, il arrive un moment où il faut savoir dire stop. Il faut s’occuper réellement des problèmes des Vaudoises et des Vaudois et savoir, lorsque la situation l’exige, se retirer. Oui, on peut se tromper. Oui, on peut être un mauvais manager. Mais on n’a pas le droit de détruire des personnes, ni de mentir. A mes yeux, elle balaie les codes et donne l’impression de ne plus mesurer les exigences liées à sa fonction. Il y a là un véritable problème de respect de la fonction.

Jean-Claude Favre, groupe Les Vert’Libéraux
Qu’avez-vous pensé de cette annonce ?
Sur le fond, il n’y a rien de véritablement surprenant : c’est la suite logique de sa position et de sa volonté de tenir le cap.
En tant que parti, les Vert’libéraux se sentent peu concernés. On voit que Mme Dittli se positionne davantage à droite qu’au centre. En tant que candidate libre, Mme Dittli a très peu de chances d’être réélue. Elle ne semble pas réaliser qu’il existe tout de même une véritable problématique autour de la collégialité et qu’elle est aujourd’hui totalement isolée.
Quel bilan tirez-vous de l’ère Dittli ?
Il faut avant tout parler du bilan global du Conseil d’Etat, et pas seulement de celui de Mme Dittli. Beaucoup trop de temps a été perdu dans des conflits internes plutôt que consacré à des projets pour le canton. Le Conseil d’Etat a passé beaucoup de temps à commander des rapports alors que, dans le même temps, les finances se détérioraient sans qu’une action concrète soit engagée pour rétablir l’équilibre budgétaire.
S’il faut dresser un bilan personnel de Mme Dittli, force est de constater qu’il n’y a aujourd’hui aucune réalisation majeure à mettre à son actif.
Sur la question du numérique, notamment, le canton reste très en retard. Mme Dittli parle également de son programme dans votre article. On voit qu’elle part du principe qu’elle conserverait le même dicastère. Or celui-ci a beaucoup évolué au cours de la législature : il est aujourd’hui plus restreint que les autres et n’est pas équilibré par rapport à ceux de ses collègues. Il n’est donc pas certain que le futur dicastère conserve le même périmètre.
S’il y a un accord pour le Grand Conseil entre Le Centre et les Vert’libéraux, vous pourriez faire campagne sur la même liste que Mme Dittli, qui vit aujourd’hui dans votre district. Êtes-vous prêt à cela ?
C’est une très bonne question. La position des Vert’libéraux est claire : nous souhaitons une alliance centriste, mais sans Mme Dittli. Il faut maintenant attendre le 2 septembre et l’assemblée générale du Centre Vaud pour obtenir les clarifications nécessaires.

Nicolas Glauser, groupe UDC
Qu’avez-vous pensé de cette annonce ?
Sur le fond, je trouve qu’elle ne répond pas vraiment aux questions. Je n’ai pas réussi à trouver, par exemple, sa réponse à savoir de quoi elle est le plus fière.
Après, je ne suis pas surpris par sa candidature. Elle n’a rien à y perdre, et c’est sa liberté et son droit de se présenter. On voit aussi qu’elle est une femme de droite.
Concernant la question de l’Alliance vaudoise, ce n’est pas à moi d’en décider. Je ne suis pas dans la tête des instances des partis concernés.
Quel bilan tirez-vous de l’ère Dittli ?
Ce n’est pas à moi de le faire. Vous lui avez posé la question et elle y a répondu.
Son bilan est délicat à évaluer. Vous savez, lorsqu’on est conseillère d’Etat, on hérite aussi d’un passé et d’une histoire. Il faut ensuite réussir à défendre ses projets de loi devant le Grand Conseil. Cela ne fait que quatre ans et son département a beaucoup changé entre-temps. Il faut donc aussi prendre cela en compte lorsqu’on veut dresser un bilan.
Vous êtes agriculteur. Est-ce que l’agriculture se porte mieux dans le canton de Vaud après la mandature Dittli ?
Ce n’est pas aujourd’hui qu’on va pouvoir dire cela. Avec les problèmes de sécheresse, le prix du lait, la qualité des produits, on voit aussi les limites du tout biologique et les difficultés auxquelles certaines cultures sont confrontées. Vous savez, l’agriculture est vraiment un sujet qui se joue beaucoup au niveau fédéral. Le canton peut agir petit bout par petit bout, mais il ne peut pas, à lui seul, sauver la profession. Pour moi, il n’y a pas vraiment de différence fondamentale avec ses prédécesseurs. Chacun essaie de faire de son mieux dans ce domaine.

Kilian Duggan, groupe Les Vert·es
Qu’avez-vous pensé de cette annonce ?
J’étais assez surpris de l’annonce et d’une certaine forme d’arrangement, avec la réalité que nous avons vécu ces quatre dernières années. Elle se dépeint comme une conseillère d’État qui a su travailler en collégialité, qui a bien travaillé mais la réalité c’est que cela a été très compliqué. Il y a un tel écart entre le récit qu’elle fait aujourd’hui et les faits établis qu’on a parfois l’impression d’une réalité parallèle.
Que pensez-vous de son bilan ?
Un bilan avec beaucoup d’effets d’annonce sans résultats concrets. On attendait la loi cadre durabilité et climat, on a reçu un avant-projet qui est une coquille vide. Le Grand Conseil et le Conseil d’Etat ont passé énormément de temps à gérer ces crises institutionnelles, au détriment des dossiers de fond que son département aurait dû faire avancer.
Que pensez-vous au fond de sa candidature ?
Madame Dittli est parfaitement libre de se représenter, comme n’importe quel citoyen et ce sera aux Vaudoises et Vaudois de trancher. En revanche, on peut légitimement se demander si, après une législature marquée par une telle crise de confiance, elle est aujourd’hui la personne qui permettra au canton de retrouver la sérénité et de se projeter vers l’avenir. Vu les signaux d’alerte et les deux plaintes pénales, elle devrait y réfléchir très sérieusement.



