8 mars – Journée de la femme

Monique Misiégo | Le 14 juin 2019, une vague violette et féministe sans précédent déferlait sur toute la Suisse, dont 60’000 personnes rien qu’à Lausanne. Le collectif « Grève des Femmes – Grève féministe » n’y croyait tout simplement pas. Il a fallu quelques jours pour redescendre, l’euphorie ayant pris place dans tous les esprits. Malheureusement, tous n’ont pas compris le message puisque le conseiller fédéral Alain Berset, seulement quelques jours après cette manifestation nationale, proposait une nouvelle fois, alors que PV2020 avait été refusé par référendum en 2018, la hausse de l’âge de la retraite pour les femmes dans son nouveau paquet AVS21. Peut-être ne lui a-t-on pas appris la frustration dans son enfance et que non, ça veut dire non ? Penser que les féministes peuvent abandonner serait mal les connaître. Elles sont d’ores et déjà reparties au combat et ne lâcheront rien face à cette nouvelle proposition.

Alors pourquoi pas 65 ans pour les femmes ?

Certains diront que les femmes travaillent moins. En vérité, nous travaillons toutes et tous en moyenne 53 heures par semaine, mais le temps des femmes est fait à 60% de travail non rémunéré, alors que celui des hommes est fait à 63% de travail rémunéré. Et il faut y ajouter les inégalités de salaire. Certains jeunes hommes vous diront qu’ils font autant à la maison que leurs épouses. En vérité, les discriminations subsistent et se consolident lors de la naissance du premier enfant. Cela se passe tant au sein du couple qu’au niveau professionnel. Le modèle le plus répandu reste celui de la mère à temps partiel et du père à plein temps. Certains vous diront que les femmes vivent plus longtemps. En vérité, le différentiel de l’espérance de vie s’est réduit de 6,2 ans en 1998 à 3,7 ans en 2018. Et les femmes soignent souvent leur conjoint, évitant de grosses dépenses sociales. Vivre plus longtemps est un progrès social, on devrait s’en réjouir. Certains vous diront que 65 ans pour les femmes, c’est la seule solution ! En vérité, cette économie sur le dos des femmes correspond à peine au prix de l’achat prévu des avions de combat. Augmenter l’âge de la retraite des femmes est un choix politique, pas financier. Certains vous diront que les baby-boomers plombent notre système de retraite. En vérité, cette génération a construit la richesse du pays et contribué à financer les assurances sociales. Les grands-mères sont la plus grande garderie du pays et constitue la majorité des proches-aidants. Ce travail gratuit est un apport financier dont on ne parle jamais. Certains vous diront que les jeunes payent pour les vieux. La vérité est que chacun paie à son tour, les jeunes d’aujourd’hui étant les personnes âgées de demain. C’est la base de la solidarité et chaque génération doit pouvoir avoir confiance en l’avenir de sa retraite. Toutes ces raisons font que les femmes doivent toujours refuser l’élévation de l’âge de leur retraite. Comment ne pas parler des grands-mères et d’un projet d’initiative pour rémunérer les grands-mères qui gardent régulièrement leurs petits-enfants. Lorsque l’on a commencé à parler de ce projet sur les réseaux sociaux, toutes les grands-mères se sont offusquées de cette proposition. Toutes affirmaient qu’elles gardaient leurs petits-enfants avec plaisir (ce que personne ne met en doute) et que c’était impensable pour elles de demander de l’argent à leurs enfants. Le projet n’est pas dans ce sens. D’ailleurs, il concernerait celles qui gardent leurs petits-enfants plus de 20 heures par semaine. Une des propositions serait d’accorder par exemple une baisse d’impôt ou des années ajoutées pour le calcul de l’AVS comme le bonus éducatif pour les mères actuellement. Comme mentionné plus haut, ces chères grands-mères, même si elles y prennent énormément de plaisir et font un bien énorme à leurs petits-enfants, font économiser des sommes astronomiques à l’Etat qui s’évite ainsi de devoir mettre en place quantité de garderies. Il faut terminer par le travail de care, qui sera mis en lumière pendant cette journée du 8 mars. Le travail de care, c’est le travail des proches-aidants, le travail des grands-mères, et surtout le travail des mamans. Le travail éducatif, domestique et de soins est peu reconnu, peu considéré, voire nié. On trouvera toujours normal qu’une maman s’occupe de ses enfants. C’est quand elle ne le fait plus que les gens s’étonnent. Il faut que les femmes s’affirment, se fassent respecter mais se respectent elles-mêmes et se rendent compte de la quantité de travail qu’elles fournissent jour après jour et gratuitement.

Pour ce 8 mars, les collectifs appellent :

• Celles qui n’ont pas eu l’occasion d’y réfléchir, car elles sont toujours dans le feu de l’action

• Celles qui n’osent pas y réfléchir de peur de mettre le feu aux poudres dans leur foyer

• Celles qui n’osent pas encore parler de leur expérience

• Celles qui pensent que ce n’est qu’une affaire privée et personnelle

• Celles qui ressentent les discours dominants comme oppressants

• Celles qui ne croient pas à un changement de société ou dans leur ménage

• Celles qui souhaitent changer des petites ou des grandes choses

• Celles qui ne mesuraient pas la charge de travail et la charge mentale que ce rôle de maman impliquerait

Manifester les 7 et 8 mars pour enfin faire valoir leurs droits et leur voix. Même si le 8 mars est un dimanche, les collectifs appellent à faire grève ce jour-là. Pour montrer votre détermination mais aussi rendre visible ce travail invisible, non valorisé et non rémunéré. Les femmes osent rêver d’un avenir meilleur pour toutes.

Tous renseignements utiles et programme de la journée sur FB: Grève des femmes – Grève féministe – Vaud – Et distribution du 8 minutes dans les gares principales de Suisse romande le 6 mars