10 millions d’amis
On se traite et se déchire depuis maintenant plus d’un mois. Jamais une campagne n’avait été lancée d’aussi loin et surtout, jamais elle n’avait autant été reprise par les médias. Quotidiennement et sous les angles les plus improbables, le quidam comme le politique sont intervenus sur tous les médias suisses jusqu’à la satiété ou l’écœurement.
Tant et si bien que ne supportant plus les salamalecs des uns comme des autres, les arguments entrant par une oreille et sortant par l’autre, le problème fut éjecté aussitôt. L’enveloppe de vote sitôt reçue a été renvoyée d’un revers à une main. A voté ! Case closed.
La menace serait-elle aussi forte qu’il s’agisse de faire clignoter pendant des lustres les feux oranges des bords du lac aux sommets les plus éloignés ?
Pas de Suisse à 10 millions ? Un sujet anxiogène et une uchronie facile, le tout faisant appel au sentiment humain le plus fragile et mobilisateur : la peur. Face à cette émotion, la raison, seule combattante valable pour éteindre ce feu qui se nourrit de lui-même.
Ce sujet de campagne n’existe que pour mettre en avant les porteurs de la cause, sa mise en œuvre sera une autre paire de manches, et n’a sans doute jamais été évaluée ou analysée.
A titre de comparaison structurelle, la 13e rente AVS a été lancée en 2020, soumise au vote en mars 2024 avec une acceptation historique de 58,5 %, et son entrée en vigueur a été fixée à fin 2026 par le Conseil fédéral… tout en ne sachant toujours pas à l’heure de cette décision comment la financer.
La charrue avant les bœufs. Un sujet sans mise en œuvre prédéfinie et claire ne devrait PAS pouvoir être soumis au scrutin populaire, tout au plus peut-elle faire l’objet d’un sondage national, sans plus. Comme à l’internationale, on tire d’abord, on voit ensuite, c’est de la noopolitique.
Sans l’accompagnement d’une mise en œuvre crédible, aucun sujet ne devra pouvoir être soumis au vote, je me répète mais on reste amis, hein … ?



