Christophe Bourdinaud, artisan forellois et artiste féru de partage

Mercredi 13 mai, je fais la connaissance de Christophe Bourdinaud, tailleur et sculpteur de pierre franco-suisse. Je découvre son atelier un peu en retrait dans la zone industrielle de Forel (Lavaux). Devant la porte, des blocs de pierre hétéroclites attendent d’être sublimés par le maître des lieux que je retrouve dans son atelier, garni des différents outils et accessoires nécessaires à son travail. Dans cet espace bien occupé, j’admire aussi plusieurs sculptures abouties et des pièces de travaux en cours.
Restauration du patrimoine et sculptures ornementales en pierre
Avec un plaisir manifeste, Christophe Bourdinaud me livre sa passion pour son métier et son art. Né en 1969, à Montreuil en Seine-Saint-Denis, il est devenu Suisse, Genevois, en 2001. Après avoir vécu à Bâle, il s’est établi dans le canton de Vaud depuis 23 ans. « C’est à Forel, où j’ai ouvert mon entreprise en 2013, que j’ai découvert la tranquillité pour travailler » précise mon hôte qui réside à Ferlens. Adolescent, il rencontre le sculpteur sur bronze Toros Rast-Klan qui lui enseigne le dessin et comment la matière se transforme en création. En 1987, il poursuit sa formation à l’Ecole supérieure d’Art visuel de Genève. Attiré par les volumes, il fut influencé par les travaux de Dominique Bovy, Pedro Meylan, sculpteurs suisses. La pierre s’imposa à lui. De 1989 et 1992, il s’initia au métier de tailleur de pierre auprès des Compagnons du Devoir du Tour de France. « J’ai travaillé pendant 12 ans à mon compte comme tailleur de pierre pour le patrimoine. Depuis une année, je suis employé auprès de l’entreprise fribourgeoise Pierre de Feu. Je viens de terminer la restauration, dans le cadre du patrimoine, de 5 clés d’arches de fenêtre en molasse de Massonnens, érodées par le temps et par des galeries creusées par les guêpes » explique-t-il.
La sculpture artistique sur diverses matières
En 2019, il participe pour la première fois au Symposium international de sculpture à Morges. Une manifestation de plusieurs jours, au cours duquel, dans un temps imparti, une vingtaine de sculpteurs venus des quatre coins du monde donnent forme à leur création, façonnant le matériau brut au gré de leur inspiration, sous les yeux du public. « On voyage, on y fait de belles rencontres avec des artistes talentueux, on noue des amitiés et on partage des idées et des connaissances. J’apprécie le côté humain de ces défis qui me font penser aux compétitions sportives. Je prends part à plusieurs évènements par an. En janvier, j’ai participé à un symposium d’art éphémère, de sculpture sur neige, dans le Colorado et un dans le Minesota ou avec ma compagne Valérie et Bogdan, un ami Ukrainien, nous avons sculpté un bloc de 27m3 de neige en 3 jours. Actuellement, je travaille avec un groupe à un projet, nommé « Forêt cœur » qui sera exposé du 28 août au 19 septembre 2026, à Bossonn’Art » souligne l’artiste qui, pour l’édition 2024, avait sculpté une majestueuse œuvre de 4m dans un tronc de sequoia. « Cette énorme bille de bois imputrescible m’a donné envie de créer quelque chose de monumental, un travail chronophage qui m’a pris 6 semaines. Il a fallu me fabriquer des outils. J’aime le côté créatif et inventif qui relie le cerveau et les mains, diversifier mes créations avec de nouveaux matériaux, glace, neige, bois, cuivre, etc., trouver la plénitude dans le faire et le plaisir d’être dans son univers. »
Désireux de transmettre l’amour de l’ouvrage aux jeunes, il fait partie de l’Association romande des Métiers de la Pierre qui comprend les marbriers, les marbriers du bâtiment, les tailleurs de pierre et les sculpteurs sur pierre. « Il y a peu d’apprentis dans ces professions spécifiques et différentes. Le travail est pénible, mais c’est une joie de posséder son métier, le savoir-faire, la maîtrise, le geste. » En été 2027, il exposera à la Tour du Sauvage, à Romont, ses sculptures suggérées en partie par le monde animal. « Dans mon travail, je recherche la douceur, la quiétude. Le but est d’accrocher des ombres, même si les objets sont statiques, les jeux de lumière leurs donnent vie et mouvement. Autant l’artisan sait bien faire ce qui se répète souvent, autant l’artiste aime se remettre en question » conclut-il.









