« Oh ! Vieillesse », la galère des proches-aidants

Barrigue – Editions Slatkine

Monique Misiego | A l’heure où nous publions ces lignes, nous venons d’apprendre le décès du père de Barrigue, Piem, dessinateur humoristique, qui croquait l’actualité avec malice dans l’émission « Le petit rapporteur ». Piem est décédé le jeudi 12 novembre, jour de son 97e anniversaire. Nous présentons nos condoléances à Thierry Barrigue et sa famille. Comment peut-on rire de la situation des proches-aidants ? Barrigue, qui ose tout, l’a fait. Lui-même est confronté à la vieillesse de ses parents comme il le confiait lors d’une émission télévisée, bien qu’il n’habite pas près de chez eux. Parce qu’il a vu la vieillesse arriver gentiment mais sûrement. Bien qu’elle ne touche pas que les personnes âgées, la déchéance physique ou mentale arrive malheureusement inexorablement. Et soyez-en certains, nous allons tous y passer. C’est là qu’interviennent les proches-aidants, ces proches qui se dévouent corps et âme pour leurs parents, leurs compagnes ou compagnons, leurs enfants parfois lourdement handicapés, de manière volontaire ou involontaire parce qu’il n’y a pas de places dans les structures actuelles ou parce qu’ils ont fait le choix de les garder à la maison. Rendons leur hommage pour ce travail tout à fait bénévole, sans reconnaissance financière, et parfois sans reconnaissance tout court. La préface de ce livre est d’ailleurs faite par le Dr Pierre Lang qui travaille depuis vingt ans comme praticien et chercheur dans le domaine de la gérontologie. Il est témoin de l’investissement des proches-aidants qui favorisent le maintien à domicile. Ces gens mettent parfois leur vie en parenthèse, aussi bien professionnelle que leur vie de famille pour se consacrer entièrement à une personne malade. Il faudrait que les pouvoirs publics se penchent sérieusement sur l’étude d’un dédommagement à ces personnes qui font économiser des millions à l’Etat. Sans eux, combien de places en EMS supplémentaires, pour ne parler que de cet aspect-là. Mais c’est un autre débat. Barrigue, à travers ses dessins, nous apporte une vision décalée et humoristique de la vieillesse et de ses galères. Et quand on dit humour, c’est de l’humour très noir, très direct, parfois un peu choquant si on n’est pas un habitué de Barrigue comme moi. Mais en même temps, mieux vaut rire ou sourire face à une réalité pleine de stress et de débordements. Il y a des gens, comme moi, un peu coincés, qui pensent qu’on ne peut pas rire de tout. Et bien ce livre nous montre qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer. Cette façon d’aborder les choses difficiles de façon sarcastique m’ont rappelé un auteur que j’aime beaucoup, qui a la même approche dans ses romans sur les difficultés de la vie, Jean-Louis Fournier. Je vous en avais parlé dans ces colonnes. Alors oui, en ces temps difficiles, cette BD fait du bien, et nous fait rire, surtout. Au moins l’humour, on ne pourra pas nous l’enlever quand on nous aura privés de tout le reste. Barrigue est né le 7 juillet 1950 à Paris. Il est le fils de PIEM. Son premier dessin est paru dans la revue de rock Extra en 1971. Il collabore à divers magazines et journaux français, comme Rock & Folk, Télérama, La Quinzaine littéraire, le Point, l’Unité, Témoignage chrétien, Le Journal du Dimanche, France-Soir, Le Matin de Paris. En 1975, il fonde l’agence de presse APEI. En septembre 1979, il quitte la France pour rejoindre la Suisse et la rédaction du Matin. Fin de la collaboration en 2008. En 2009, Barrigue crée Vigousse, le petit satirique suisse romand. www.vigousse.ch. Habitant actuellement Savigny, il est toujours à la tête de cet hebdo qui fête ses onze ans. En 2017, il fonde l’association « Crayons solidaires, dessiner pour tous ». L’objectif est d’offrir un dessin personnalisé à ceux qui sont en manque d’identité, comme les migrants, les sans domicile fixe, les personnes âgées placées en institution. Il reçoit le Grand prix de l’humour vache au salon international de Saint-Just le Martel en 2019. On est sur du solide, là. Je suis sûre que ses 112 dessins vont vous faire vous tordre de rire. En plus, il n’est pas cher, 20 francs dans toutes les bonnes librairies.